POSSESSIONS
Une enquête ésotérique à Milan dans les pas d’un quadra en quête de sens et une introspection personnelle de l’auteur.
«Ne jamais aller à Turin, à aucun prix», disait Franz Kafka. Cela n’empêche pas Antonio Ventimila, un auteur parisien en pleine déprime, de partir sur un coup de tête en Italie. Mais suite à un accident de voiture, il se retrouve à l’hôpital où il fait la connaissance d’un romancier fantasque qui lui propose de l’aider à enquêter pour son prochain livre: un ouvrage de référence sur le diable à travers Turin, une ville chargée d’histoire, de faits divers mafieux, de légendes urbaines et l’une des capitales mondiales des magies blanche et noire. Une quête fantastique qui va aussi permettre à Antonio de faire le point sur sa vie.
Dans Antonio Ventimila, il y a visiblement beaucoup d’Alexis Bacci, auteur de BD franco-italien (« Dérives », « Soir de match »). L’insertion de photos personnelles en compagnie de son père assassiné en témoigne. Et sous le prétexte d’explorer rituels et étrangetés de la ville italienne, Alexis Bacci s’attache plutôt à décrire les esprits tourmentés avec un héros qui affrontera tout autant les démons de la ville que les siens. «J’ai poussé le curseur en mettant en abîme le deuil de mon père et un certain mal être que je pouvais ressentir il y a des années. Le personnage antipathique décrit en début d’histoire est basé sur celui que je devenais à une certaine époque. Aigri et désabusé», dit-il. Si le thème est mélancolique et noir, les planches, elles, sont hautes en couleurs avec des teintes pop d’un jaune, bleu, orange ou rose psychédéliques contrastant avec de larges aplats sombres.
Très dense (quelque 400 pages), bourré de références culturelles et fortement chargé en symbolisme, « Possessions » est en fin de compte un polar ésotérique cathartique mais complexe, au mélange polar fantastique/récit intimiste audacieux et qui réclame beaucoup d’attention au risque de se perdre.
Dessin et scénario: Alexis Bacci – Éditeur: Glénat – Prix: 29 euros.

