LES OLIVIERS DU NÉGUS

Au cœur des Pouilles, un enterrement fait ressurgir les rêves, les combats et les blessures d’un homme que tous croyaient fou. Une adaptation sensible d’une nouvelle de Laurent Gaudé.

Zio Négus est mort. C’est à peu près par ces mots que démarre l’album de David Prudhomme. Adaptant la nouvelle de Laurent Gaudé, dont il prête malicieusement les traits au narrateur de sa bande dessinée, « Les oliviers du négus » nous entraîne jusqu’à Peschici, dans les Pouilles, pour les funérailles d’un vieil homme que le village tenait volontiers pour un fou. Mais derrière l’excentricité de Zio se dessine une existence qui épouse les soubresauts de la grande Histoire.
Ancien soldat de la campagne d’Abyssinie, hanté par les massacres coloniaux, fasciné par les souverains éthiopiens autant que par le souvenir de Frédéric II, communiste viscéralement antifasciste, le vieil homme est un sacré personnage aux yeux bleus clairs remplis d’humanité.
Le récit s’inscrit dans un temps long, celui de la contemplation, où les souvenirs affleurent avec une douceur méditerranéenne trompeuse: les couleurs chaudes semblent faire vibrer l’air, le chant des cigales monte des planches, les oliviers sculptent le paysage, les chèvres imposent leur rythme aux routes étroites et l’on s’attarde volontiers à la terrasse d’un café, une cedrata à la main. Une adaptation délicate qui célèbre la transmission, la fidélité aux idéaux et la nécessité obstinée de continuer à rêver malgré la bêtise et la folie des hommes.

Dessin et scénario: David Prudhomme, d’après le roman de Laurent Gaudé – Editeur: Actes Sud – Prix: 24 euros.

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