LE VASE DE CRISTAL
Astrid et son père vident l’appartement de la grand-mère décédée, juive allemande confrontée à la Seconde Guerre mondiale. Un récit qui explore les silences d’une famille marquée par l’exil.
À la suite du décès de sa grand-mère Gisela, disparue à 94 ans, Astrid Goldsmith entreprend avec son père un voyage depuis l’Angleterre pour vider l’appartement de la défunte, à Fribourg en Allemagne. Ce périple logistique — traverser quatre pays, trier, emballer et rapatrier le tout en un temps record pour que chaque membre de la famille puisse récupérer ce qu’il souhaite —se transforme en un cheminement introspectif où les objets réveillent souvenirs, tensions et non-dits.
Car derrière les tapis rongés par les mites et les photographies énigmatiques affleure une histoire plus vaste : celle d’une famille dispersée par la Shoah, marquée par l’exil et les silences. Structuré en sept chapitres correspondant aux différentes étapes du deuil (du choc à l’acceptation), l’album esquisse notamment le parcours de Gisela en Rhodésie (actuel Zimbabwe), tandis que d’autres branches s’éparpillent entre Amsterdam, la Guyane néerlandaise et les États-Unis. Pourtant, ces pistes — notamment les intéressantes réflexions sur la place des Juifs blancs dans les sociétés ségrégationnistes d’Afrique australe — ne sont qu’effleurées. Un choix un peu frustrant tant ces questions, soulevées à travers le témoignage du père, apportent une vraie profondeur historique et morale à ce récit. Animatrice spécialisée en stop motion, Astrid Goldsmith privilégie donc plutôt une approche fragmentaire, faite d’anecdotes et de scènes du quotidien dessinées d’un trait simple dans une bichromie de vert et de noir. S’attardant sur les frictions familiales et sur les difficultés de communiquer d’une famille dont les liens se sont distendus au fil des années, elle livre ainsi un album intime, imparfait mais sincère.
Dessin et scénario: Astrid Goldsmith – Editeur : Steinkis – Prix: 22 euros.

