SOA – Le silence de mes cris

L’histoire de l’émancipation d’une îlienne bretonne traversant l’histoire de France, de la fin du XIXe à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Trop rapide.

Sur une petite île du Finistère de la fin du XIXe siècle, le curé remarque l’intelligence exceptionnelle de Soà, une fillette sourde et muette, et convainc son père de l’envoyer étudier sur le continent. Biographie fictive d’une Bretonne née dans une famille de goémoniers pauvres, « Soà » est l’histoire d’une résilience: victime d’au lourd traumatisme d’enfance, elle finira par briser le silence, faire des études supérieures, s’engager pour le droit des femmes à travers le monde et lutter contre le nazisme…
Cela fait beaucoup de choses pour un album de 80 pages. Gérard Cousseau (« Les toubibs » avec Bélom) et Shinja passent d’ailleurs beaucoup de temps à mettre en scène l’enfance et l’adolescence de Soà. Les cases au trait fin et délicat et les couleurs chatoyantes font la part belle aux paysages bretons et au travail pénible et dangereux des goémoniers qui récoltent des algues marines autour des zones rocheuses. Un cahier final agrémenté de photographies d’époque vient aussi apporter des informations supplémentaires sur la vie insulaire.
Mais après le déblocage de la conscience de Soà par rapport à son traumatisme, tout s’accélère d’un coup. En 25 pages seulement, c’est le reste de sa vie qui nous est conté grâce à de multiples ellipses. Tout en gentillesse et douceur (les brimades semblent glisser sur elle comme l’eau sur les plumes d’un canard), mignonne comme un coeur avec son visage rond et ses grands yeux, l’héroïne bretonne est d’abord attachante. En revanche, à partir du moment où le rythme devient effréné, on s’éloigne d’elle. Frustrant.

Dessinateur: Shinja – Scénariste: Gérard Cousseau – Editeur: Grand Angle – Prix: 17,90 euros.

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