EMMA & AMIR
Une Allemande juive et un Irakien musulman courent entre Berlin et Paris pour révéler une machination qui utilise la menace terroriste. Un album étonnant qui réussit à marier la comédie romantique, le road trip européen et le thriller géopolitique.
Au titre (« Emma & Amir »), on pense à une romance là où le sous-titre («Dans l’ombre de la terreur») semble annoncer un récit autrement plus sombre. La couverture dissipe toute ambiguïté : dans le reflet des deux jeunes amoureux enlacés apparaissent deux silhouettes armées, la porte de Brandebourg répond à l’arc de Triomphe, la tour de télévision de Berlin à la tour Eiffel. Le ton est donné : la bande dessinée de Bianca Schaalburg sera à la fois road trip européen, comédie romantique et thriller politique.
L’intrigue s’ouvre dans la capitale allemande. Amir, d’origine germano-irakienne, voit sa vie basculer après un attentat qui coûte la vie à son ami Yusuf, journaliste d’investigation. La police soupçonne immédiatement ce dernier d’être le terroriste et Amir son complice. Pour prouver son innocence, le jeune homme s’enfuit avec Emma, une Berlinoise fréquentant la même piscine que lui, direction Paris où Yusuf enquêtait sur un complot d’envergure internationale.
À l’instar de son précédent album, « L’odeur des pins » (fresque autobiographique reconstituant la destinée de sa famille depuis les années 1930), l’autrice berlinoise qui a séjourné à Paris lors d’une résidence ancre son histoire dans des lieux qu’elle connaît bien. Les allers-retours de ses deux héros de part et d’autre du Rhin composent ainsi une cartographie inattendue des deux capitales : piscines, hôtels, boulangeries, cinémas, musées ou encore cimetières deviennent les étapes d’un voyage presque touristique, en contraste avec la gravité du propos. Car derrière l’humour nourri d’autodérision, les situations cocasses, le rythme enlevé et les dialogues souvent teintés d’un féminisme bienvenu, « Emma & Amir » est aussi un récit politique, qui aborde sans détour le terrorisme, l’islamisme et la montée des extrêmes droites en Europe. En mettant en scène une histoire d’amour entre une jeune femme juive et un jeune homme musulman, Bianca Schaalburg oppose à cette spirale de haine et de violence un contre-récit profondément humaniste. Comme elle le rappelle dans son avant-propos, «cette histoire est inventée et ne repose pas sur des faits réels. Pourvu que ça dure».
Dessin et scénario: Bianca Schaalburg – Editeur : L’Agrume – Prix: 22,90 euros.

