LE NIRVANA EST ICI

Deux ados aperçoivent une jeune femme enfermée dans une voiture. C’est le point de départ d’un polar entraînant au sein de la communauté vietnamienne de Berlin.

Dennis et Tâm, un frère et sa soeur d’origine vietnamienne, vivent dans le quartier de Lichtenberg, considéré comme le Chinatown de Berlin-Est. Sur un marché, ils rencontrent furtivement une certaine Hoa Binh, enfermée dans une voiture et à qui ils vendent un couteau de cuisine. Plus tard, c’est un doigt sectionné que découvrent dans un bosquet Tâm et Alex, un jeune utilisateur de drones.
En ouvrant cet épais album de plus de 300 pages en noir et blanc, ressemblant à un gros roman, c’est un thriller prenant que l’on découvre. Signé de l’Allemand Mikael Ross (« Apprendre à tomber », « Ludwig et Beethoven »), le one-shot aborde des thématiques contemporaines telles que l’immigration de seconde génération et le trafic d’êtres humains mais aussi des thèmes plus universels comme la solidarité, l’amour, les relations transgénérationnelles et la liberté.
Mais c’est surtout son casting qui séduit. Dans cette histoire toujours en mouvement et aux décors faisant la part belle à l’architecture urbaine de Lichtenberg (les barres HLM héritées de la RDA, les zones commerciales, les jardins ouvriers…), on croise en effet une galerie de personnages expressifs et bien campés si ce n’est Hoa Binh, moins développée. Il y a donc l’empathique et très attachante Tâm bien sûr mais aussi le solitaire Alex fan de gadgets qui rêve de devenir acteur et prend des cours auprès de Hella une ancienne comédienne vivant aujourd’hui chichement ou bien Dennis, le frère fan de black metal sur lequel une adolescente costaude a jeté son dévolu… Cette dernière relation un peu houleuse instille d’ailleurs beaucoup d’humour dans le récit. Au final, il y a bien quelques ficelles scénaristiques peu vraisemblables mais l’ensemble s’avère être un vrai bon moment de lecture.

Dessin et scénario: Mikael Ross – Editeur: Le Seuil – Prix: 25 euros.

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