Fabcaro: «Avec Les Fabrice, on peut aller loin dans l’absurde et l’humour crétin»
Avec leur mauvaise foi assumée et leur fainéantise revendiquée, Les Fabrice quittent la page de l’édito de «Spirou» pour vivreleur première grande aventure «À la poursuite du trésor de Décalécatán». Fabcaro revient sur la naissance de ce projet, ses références vintage et le plaisir de pousser toujours plus loin le non-sens assumé.

Les personnages principaux sont issus de la page «Édito» de Spirou. Qu’est-ce qui vous a motivé à les propulser dans une aventure complète?
Fabcaro. On adore le rendez-vous de l’édito, mais un jour, on s’est dit : « Tiens, et si on faisait un récit long avec ces deux personnages ? » On a eu envie de les plonger dans une grande aventure genre chasse au trésor dans la jungle, comme une sorte d’hommage aux albums d’aventure et de comédie qu’on aimait, comme « Spirou » ou certains albums d’« Achille Talon », mais aussi aux films populaires d’aventures de notre enfance.
Le fait que les Fabrice soient des sortes de doubles de vous-même vous a-t-il rendu ces personnages plus attachants à vos yeux?
F. On va dire que ce sont des doubles en bien pires que nous ! Ils sont maladroits, menteurs, lâches, fainéants, et puis ils ont un petit côté réac et macho, tout ce que nous ne sommes pas du tout dans la vie. J’espère en tout cas ! Mais on se sert d’eux pour pointer du doigt certains petits travers. Et puis c’est beaucoup plus amusant de mettre en scène ce type de personnages que des personnages parfaits et sans défauts. Malgré tous leurs travers, bien sûr, on les trouve hyper attachants ! On est toujours contents de les retrouver et de leur faire dire et faire absolument n’importe quoi.

Comment s’est passée l’écriture de cet album?
F. Les rôles sont assez cloisonnés, chacun joue sa partition : je scénarise en story-boards pas très jolis et sans trop de mise en scène. Je les envoie à Fabrice, qui les transforme en superbes planches de vraie BD, hyper dynamiques, hyper drôles et pleines de clins d’œil partout. J’adore découvrir ses pages. Bien sûr, je lui précise toujours qu’il n’hésite pas à me dire s’il y a des choses qu’il trouve moins bien et qu’il faudrait modifier. Mais, comme c’est un garçon poli et bien élevé, ça lui va toujours.
« L’avantage de ce type de personnages, on peut aller aussi loin qu’on veut dans l’absurde et l’humour crétin. »
L’album regorge de situations improbables et de répliques décalées. Comment dosez-vous l’humour absurde sans perdre le fil de l’histoire?
F. L’album a été pré-publié dans le magazine Spirou sous forme d’épisodes de cinq pages. L’inconvénient, c’est qu’il fallait chaque fois que les cinq pages soient un peu indépendantes, se tiennent en elles-mêmes. L’avantage, c’est que ça découpe un peu le récit en sortes de chapitres. Le faire avancer par petits morceaux rend la construction de l’album plus facile. Quant au dosage, avec ces deux personnages, on y va de bon cœur, c’est l’avantage de ce type de personnages, on peut aller aussi loin qu’on veut dans l’absurde et l’humour crétin.

Le livre est truffé de références pop ou de détournements. Y en a-t-il une que vous aimez particulièrement et que vous espérez que les lecteurs remarqueront?
F. Oui, il y a évidemment du Indiana Jones, du Tintin, et autres… Je crois que ma préférée, c’est quand ils doivent jouer un morceau de xylophone. C’est un clin d’œil explicite à un passage des « Goonies », film d’aventures dont j’étais absolument fan quand j’étais pré-ado, quand ils doivent jouer sur une sorte d’orgue avec d’immenses touches en bois pour pouvoir continuer.
La dernière case annonce une possible suite au Japon. J’espère que ce n’est pas une blague?
F. Qui sait ?… En vérité, on ne sait pas nous-mêmes, mais on aimait bien l’idée d’une fin ouverte. Ce qui est sûr, c’est qu’on a beaucoup aimé l’expérience de leur faire vivre un récit long et qu’on recommencera peut-être, ça nous sort un peu des éditos.
Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)
«À la poursuite du trésor de Décalécatán» par Fabcaro et Fabrice Erre. Dupuis. 12,95 euros.

