SUR LE FRONT DE CORÉE

Henri de Turenne, alors jeune reporter, part en Corée pour couvrir le conflit. Un reportage récompensé du prix Albert-Londres adapté en BD.

Depuis 1933, chaque année à l’exception de la période couvrant la Seconde Guerre mondiale, le prix Albert-Londres est décerné à un ou une grand reporter de moins de 40 ans, d’expression francophone, et dont l’enquête a paru durant l’année écoulée. Les enquêtes récompensées racontent à la fois l’histoire et celle du métier de journaliste. Avec sa nouvelle collection Aire Libre, « Albert Londres », Dupuis a l’ambition de les faire revivre en leur redonnant « un second souffle ».
« Sur le front de Corée » a ouvert le bal en mettant à l’honneur Henri de Turenne (1921-2016), primé en 1951 pour sa couverture de la guerre de Corée, entre juillet 1950 et mars 1951. Alors âgé de 28 ans, il est envoyé sur place aux côtés d’autres journalistes pour observer et suivre les G.I américains en mauvaise posture. Davantage que les questions diplomatiques et stratégiques qu’il survole, Henri de Turenne dont c’est la première expérience de correspondant de guerre s’intéresse surtout aux conséquences humaines du conflit, les villages détruits, les massacres d’habitants, etc. Heureusement, un dossier en fin d’ouvrage donne les grandes lignes des tenants et aboutissants du conflit, tandis que le scénariste Stéphane Marchetti (« 9.603 kilomètres ») a su profiter des archives personnelles et familiales du journaliste confiées par sa veuve pour livrer aussi un récit plus intime sur la manière dont Henri de Turenne a vécu les évènements.
Mais « Sur le front de Corée » est aussi une histoire du journalisme: le travail quotidien des reporters de guerre travaillant calepin et stylo à la main et dictant leurs reportages par téléphone, l’évolution du métier et le développement de la télévision. Le ton est sobre et un peu froid, tout comme le dessin réaliste de Rafael Ortiz (« L’envers des nuages ») avec ses visages laissant peu passer les émotions, et les couleurs à dominante brune d’Hiroyuki Ooshima mais il y a aussi quelques scènes spectaculaires. Cette plongée en immersion est en tout cas forcément marquante au vu de la force du sujet traité.
Un deuxième album dans la même collection est déjà paru: l’adaptation par Théa Rojzman et Tamia Baudouin des « Mémoires de la Shoah » d’Annick Cojean, grand reporter au Monde lauréate du prix Albert-Londres en 1996.

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Dessinateur: Rafael Ortiz – Scénariste: Stéphane Marchetti – Editeur: Dupuis – Prix: 25 euros.

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