SILENT JENNY
Une biologiste parcourt une Terre dévastée à la recherche d’insectes pollinisateurs vitaux. Conclusion d’un triptyque de SF spectaculaire.
Après « Shangri-La » et « Carbone et « Silicium », Mathieu Bablet clôt son cycle consacré à la science-fiction avec « Silent Jenny », un récit post-apocalyptique dans lequel Jenny, biologiste pour le compte de la société Pyrrhocorp, parcourt la Terre à la recherche des dernières traces ADN d’abeilles, ces insectes pollinisateurs si importants pour fertiliser notre planète et permettre l’autonomie alimentaire des humains.
L’avenir de la Terre n’est décidément pas radieux et à travers cette nouvelle et ambitieuse fresque de science-fiction, Mathieu Bablet prend le temps de composer un univers complexe et extrêmement foisonnant et de laisser le lecteur s’imprégner de ces paysages ravagés aux multiples dangers, de ces monades (des véhicules villages) incroyables façon « le château ambulant » ou d’autres structures métalliques enchevêtrées immobiles. Les cases où l’oeil se perd sont denses, aux teintes de jaune et de vert toxiques et grouillant de détails. Au fil des 320 pages, Bablet imagine aussi une population bigarrée avec des personnages parfois bizarres: des microïdes, humains capables de rapetisser pour des recherches microscopiques; des « calcifiés », des microïdes aux corps monstrueux du fait d’une trop longue exposition dans l’inframonde; des « mange-cailloux », des humains immunodéprimés errants qui ne connaîtront rien d’autre qu’une vie derrière les verres d’un casque; ou des « pénitents », des personnes masquées et silencieuses qui trainent derrière elles des filets charriant les détritus de l’ancien monde…
Si la lecture est exigeante, l’immersion est complète et le résultat spectaculaire avec, en toile de fond, une série de réflexions philosophiques autour de la place de la nature, de l’écologie, de la solitude et de l’exclusion sociale. « Silent Jenny » fait partie des cinq bandes dessinées finalistes en lice pour le Prix BD Fnac France Inter 2026. A noter qu’un album digital et un vinyle, composés par The Toxic Avenger et intitulés « Inframonde », imaginés comme la bande originale de la bande dessinée, sont également sortis.
Dessin et scénario: Mathieu Bablet – Editeur: Rue de Sèvres, Label 619 – Prix: 31,90 euros.

