PLUS LOIN QU’AILLEURS

Il aurait dû partir explorer le Grand nord canadien, il est finalement obligé de rester chez lui. Un album poétique qui fait l’éloge du voyage immobile et de l’importance de profiter de l’instant présent.

Gardien de nuit solitaire et célibataire, Alexandre Bouillot passe sa vie en horaires décalés, coincé entre un boulot routinier et un collègue lourdingue et en ayant l’impression de ne rien connaître du monde extérieur. « Une vie de hibou », de son propre aveu. C’est donc avec impatience qu’il attend ses vacances : un voyage dépaysant de trois semaines au coeur des grands espaces canadiens. Sauf que rien ne se passe comme prévu et, à la place du bout du monde, Alexandre va voyager dans…son quartier.
Partir en restant, c’est l’idée insolite du nouvel album de Chabouté. « J’ai attrapé des poissons trompettes, des canards striés et des lièvres à écharpes. J’ai pisté les traces et les empreintes de la faune locale. J’ai réussi à piéger un gibier inconnu. J’ai dompté un ours », explique l’auteur de « Musée » ou « Yellow Cab ». Et il n’a pas tort, on le verra au fil de cette aventure singulière aux planches largement muettes, comme souvent chez Chabouté. Pas besoin, tout est dans les yeux d’Alexandre qui flâne et observe, ainsi que dans son carnet de voyage où il compile sous forme de dessins, de collages et de textes ses découvertes et les pensées qu’elles lui inspirent.
Bénéficiant de planches réalistes au trait fin et au noir et blanc intense et lumineux hormis quelques touches de couleurs, « Plus loin qu’ailleurs » est un joli album contemplatif et poétique qui rappelle, sans prétention, l’importance de prendre le temps de se poser et de s’ouvrir au merveilleux qui se cache derrière chaque petit rien du quotidien que l’œil a déjà vu mille fois sans vraiment regarder.

Dessin et scénario : Christophe Chabouté – Editeur : Glénat – Prix : 24 euros.

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