L’HOMME QUI VENDIT LA TOUR EIFFEL
Dans le Paris des Années folles, Victor Lustig, arnaqueur de génie, jette son dévolu sur un riche métallurgiste. Une comédie trépidante aussi inspirée que son héros.
Véritable escroc recherché aux États-Unis et en Europe, Victor Lustig débarque dans le Paris des années 20 avec son associé Dan Collins. Plumer des gogos friqués aux tables de poker rapporte bien mais c’est sans commune mesure avec son prochain coup de maître : vendre la Tour Eiffel – dont l’entretien coûte si cher à la nation – à la découpe à de richissimes ferrailleurs tentés par ses 7.300 tonnes de fer. Reste à trouver le pigeon idéal.
« D’après une histoire presque vraie » indique l’album en sous-titre : en effet, si Victor Lustig a bel et bien existé, le petit cahier documentaire en fin d’album souligne qu’il n’y pas de preuve de cette fausse vente à la découpe de la Tour Eiffel. Sur Wikipedia, les faits sont plus assurés: victime de la supercherie, le riche ferrailleur André Poisson (son nom ne s’invente pas) trop honteux ne portera pas plainte. Lustig récidivera mais cette fois sans succès et réussira à s’enfuir de justesse. Il finira par se faire coincer aux Etats-Unis et mourra à Alcatraz en 1947.
Impossible de ne pas admirer son aplomb lorsqu’il embobine Poisson ou qu’il vend au redoutable inspecteur Tourbillon sa fameuse « boîte roumaine », prétendue machine capable de dupliquer les billets de banque. Et c’est bien là toute la réussite du récit : tout en roublardise et en bagout, Victor Lustig est irrésistiblement sympathique. Les dialogues caustiques et ciselés fusent à un rythme effréné. Les personnages semblent constamment en mouvement, les trognes s’étirent, grimacent, nourrissant une comédie trépidante où l’on ne s’ennuie pas une seule seconde.
Dessinateur: Joseph Falzon – Scénariste: Stéphane Marchetti – Editeur: Dargaud – Prix: 19,95 euros.

