LES ÉVADÉS D’ALCATRAZ
Et si Frank Lee Morris et les frères John et Clarence Anglin avaient survécu à la noyade? Une issue violente et tragique à la célèbre évasion d’Alcatraz de 1962.
Le 11 juin 1962, Frank Lee Morris et les frères John et Clarence Anglin réalisent à s’évader d’Alcatraz, la prison américaine réputée inviolable. Le FBI conclura qu’ils se sont noyés dans les eaux glacées de la baie de San Francisco. et l’enquête sera classée en 1979. Pourtant, aucun corps ne sera jamais retrouvé. Plus de 60 ans après les faits, le mystère demeure entier, nourrissant fantasmes, théories et œuvres de fiction, dont le célèbre « L’évadé d’Alcatraz » de Don Siegel avec Clint Eastwood, qui choisissait déjà de laisser planer le doute sur le destin des fugitifs ou bien la BD « Franck Lee – L’après-Alcatraz » de Ludovic Chesnot et David Hasteda.
Dans les premières pages de la version de Christopher Cantwell (« Halt and Catch Fire ») et Tyler Crook (« Petrograd », « B.P.R.D »), le ton est donné. Ballottés sur un radeau de fortune, les évadés affrontent une mer déchaînée. John tombe à l’eau sous les yeux de son frère, tandis que Frank Morris, déterminé jusqu’à l’obsession, continue de ramer vers la côte. Mais le véritable cauchemar ne fait que commencer.
La cavale est jalonnée de rencontres qui aggravent systématiquement la situation. Chaque tentative pour gagner quelques heures de répit débouche sur une nouvelle impasse, chaque espoir de liberté se transforme en piège. Autour des évadés, gravitent des personnages secondaires – une jeune Afro-Américaine qui passe un marché risqué avec les fugitifs, des policiers amants – qui cherchent aussi, d’une manière ou d’une autre, à s’extraire de leur propre prison. Ce n’est plus seulement celle d’Alcatraz : c’est aussi celle de l’exploitation et de la misère sociales, du racisme et de l’homophobie. Les cadrages serrés de Tyler Crook renforcent l’impression d’étouffement, ses ambiances nocturnes sont oppressantes et son trait réaliste reconstitue avec force détails (vêtements, voitures, architecture, etc) l’Amérique du début des années 1960, profondément marquée par les fractures sociales et raciales.
Les deux auteurs américains construisent ainsi un polar noir efficace où la violence s’accompagne d’une réflexion amère sur le prix de la liberté.
Dessinateur: Tyler Crook – Scénariste: Christopher Cantwell – Editeur: Delcourt – Prix: 18,50 euros.