LE DUEL
Deux officiers de hussards se provoquent en duel pendant des années après une querelle dérisoire. Une reconstitution napoléonienne soignée mais une conclusion un peu expédiée.
À Strasbourg, en 1800, alors que Bonaparte est sur le point de s’engager dans la seconde campagne d’Italie, le lieutenant Pierre Dupont de l’Étang, du 3e Régiment de Hussards, est chargé d’annoncer sa mise aux arrêts au lieutenant Fournier du 7e Régiment de Hussards qui vient de tuer un homme en duel. Mais la conversation tourne mal et les esprits s’échauffent et voilà les deux hommes engagés dans une interminable succession de duels qui les poursuivra pendant des années au gré des campagnes napoléoniennes, de garnison en champ de bataille, jusqu’à la chute de l’Empire.
Graphiquement, les planches sont réalistes et documentées. Antonio Marinetti soigne la reconstitution de l’époque napoléonienne, des uniformes aux scènes de bataille en passant par les rues de Strasbourg aux intérieurs bourgeois, tandis que les couleurs directes d’Hugo Sebastian Facio, dominées par les verts, les gris et les bruns, composent une atmosphère sombre que viennent nuancer d’habiles jeux de lumière.
Adapté d’une nouvelle de Joseph Conrad, inspirée de faits réels (Pierre Dupont de l’Étang et François Fournier-Sarlovèze se sont bel et bien provoqués en duel une trentaine de fois durant près de 20 ans), « Le duel » adopte une narration qui se répète au fil de ses 64 pages. Deux hussards occupés à mener batailles chacun de leur côté et à monter en grade, des rencontres ponctuelles pour un duel, quelques ellipses temporelles… mais une même mécanique absurde: l’honneur, devenu une fin en soi, enferme les protagonistes dans un affrontement dont ils ne semblent plus maîtriser le sens. Une escalade interrompue néanmoins par une conclusion, trop abrupte, sans véritable résolution ni point d’orgue dramatique.
Dessinateur: Antonio Marinetti – Scénariste: Jean-Pierre Pécau – Editeur: Soleil – Prix: 16,50 euros.

