ISLANDER – Tome 1. L’exil

Des réfugiés climatiques tentent d’atteindre l’Islande. Une vision noire et violente de ce que pourrait être l’Europe de demain. Captivant.

L’Europe dans un futur proche. Le continent est victime de catastrophes multiples, des réfugiés de tous les pays s’amassent au port du Havre, lieu de transit vers un hypothétique salut. L’Ecosse accueille encore des réfugiés mais seuls les détenteurs de pass spéciaux intégrés à leurs passeports peuvent espérer embarquer. Raph, passeur chevronné, reçoit pour mission de guider un petit groupe vers l’embarquement: un certain professeur Zizek, ainsi que deux soeurs Livia et Francesca, avec comme destination finale, l’Islande. Mais l’une des soeurs se fait dérober son fameux pass par Liam, un clandestin qui embarque donc à sa place.
Après « Sangoma », Caryl Férey et Corentin Rouge sont de retour avec un récit d’anticipation très réaliste qui brasse le thème déjà exploité des crises migratoire et écologique mais, une fois n’est pas coutume, dans « Islander », les migrants ce sont nous. Fort de près de 160 pages et de deux autres tomes à venir, cet univers dystopique qui fait écho à l’actualité s’avère passionnant, aussi dense qu’ambitieux.
Brossant des personnages crédibles reflets d’une société dévastée, affamée et fracturée, le scénario prend le temps de nous décrire la situation désespérée des migrants refoulés ou victimes d’esclavage et d’exploitation sexuelle dans les camps ainsi que les vifs débats politiques autour de l’accueil ou non de tant de malheureux.
L’intrigue est riche et rythmée, l’atmosphère anxiogène et la tension omniprésente devraient encore se renforcer. Car ce premier tome est loin d’avoir dévoilé son jeu avec notamment ce fameux professeur Zizek, impliqué dans un mystérieux projet scientifique porteur d’espoir et dont le rôle promet d’être de tout premier plan dans les prochains tomes.
Ce récit fluide s’appuie aussi sur une mise en scène graphique très cinématographique aux cadrages dynamiques et aux décors réalistes très détaillés, déployés parfois sur une pleine ou une double page, Corentin Le Rouge prouvant que le froid des côtes islandaises lui sied autant que la chaleur de l’Afrique du Sud de « Sangoma ». Hormis les personnages féminins qui semblent tous sortis d’une agence de top models, on y croit totalement. Le réchauffement climatique et les conflits internationaux actuels font d’autant plus froid dans le dos.

Dessinateur: Corentin Rouge – Scénariste: Caryl Férey – Editeur: Glénat – Prix: 25 euros.

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