BAKER STREET – Tome 4. L’Ombre du M

Sherlock Holmes et les personnages de Conan Doyle au milieu d’une ambiance joviale voire grand-guignolesque.

Thomas Clipton a hérité de son oncle une plantation de café à Ceylan. Il s’attache les services de Sherlock Holmes pour l’escorter jusqu’aux Indes. Mais pour récupérer son héritage, il doit rentrer à Londres en moins de six semaines, et réussir à se faire embaucher dans un cirque comme clown pour jouer une représentation devant la Reine ! Pas évident d’autant qu’une compagnie concurrente, la Tweanings, a engagé l’infâme Moriarty pour les contrer. Sherlock Holmes, accompagné du Dr Watson et de l’inspecteur Lestrade (parfait sosie de Clipton), parviendra-t-il à ramener l’héritier à bon port ?

Commencées avec le tome précédent « Les Hommes du Camelia », les aventures du célèbre détective aux Indes se terminent avec « L’Ombre du M ». S’agissant du voyage de retour, l’histoire aurait pu s’essouffler. C’était sans compter l’imagination fertile de Pierre Veys pour dynamiser l’intrigue. Afin d’échapper à Moriarty, Holmes met au point un plan original: la fine équipe tirera chaque jour une carte sur laquelle le détective a inscrit une action à réaliser immédiatement. Avec ces actions totalement imprévisibles, nos héros devraient ainsi emprunter un itinéraire surprenant . Objectif, semer Moriarty. La première carte tirée demandera de jeter une bouse fraîche à la figure de Watson…

Très librement adaptés des personnages de Conan Doyle, les héros sont, vous l’avez compris, souvent placés en position ridicule. On s’amuse d’ailleurs beaucoup à la lecture de cet album. Les dessins de Barral sont proches de la caricature, les jeux de mots et les situations grotesques s’enchaînent sur un rythme enlevé. Certes, du coup, l’intrigue pâtit un peu de cet enchaînement de gags: elle se résume en fait à une course-poursuite, prétexte aux situations les plus insensées. Mais l’ambiance est joviale, l’humour est décalé et frise parfois le grand-guignolesque. Les singeries de l’inspecteur Lestrade sont de ce point de vue un vrai régal !

Pourtant, les lecteurs de Conan Doyle reconnaîtront certainement les personnages tels que l’écrivain les avait imaginés: devant un Lestrade complètement dépassé, on retrouve un Sherlock Holmes à l’ego très prononcé et un Watson accomodant qui passent leur temps à s’envoyer taquineries et mesquineries à la figure sur fond de « je t’aime moi non plus ». D’ailleurs, cette série au ton irrévérencieux a semble-t-il convaincu jusqu’au club Sherlock Holmes de France qui lui a décerné un prix !

Delcourt

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