LE MINISTÈRE DES AFFAIRES COMPLEXES

Une plongée dans les coulisses d’un ministère qui doit gérer la crise migratoire. Vivant et accessible.

Avec « Le Ministère des affaires complexes », Kokopello (« Palais Bourbon, les coulisses de l’Assemblée nationale » et « La Tour de Babel, voyage au coeur du grand bazar européen ») plonge au cœur d’une machine administrative qui, en 2015, tenta de répondre dans l’urgence à l’afflux de demandeurs d’asile en France. Le Ministère des Affaires Complexes (MAC) du titre n’existe pas réellement, mais tout ce que raconte l’album ou presque est authentique. Le scénario s’appuie sur le témoignage de Cléo — pseudonyme d’une ancienne agente de l’État ayant travaillé cinq ans au sein d’une cellule interministérielle — et propose un point de vue « de l’intérieur » sur la gestion de la crise migratoire.
À travers les yeux de cette jeune recrue de 25 ans, idéaliste, rompue aux maraudes et aux missions humanitaires, le lecteur découvre les coulisses d’une administration sommée de mettre en oeuvre un plan pour faire disparaître les campements et bidonvilles, mettre les exilés à l’abri, fluidifier les demandes d’asile. Entre réunions interminables et les visites de terrain, le récit ne cherche pas à disserter sur les grandes orientations politiques ; il s’intéresse plutôt à celles et ceux qui doivent appliquer des décisions souvent floues, parfois incohérentes, avec des moyens limités et des marges de manœuvre réduites. Fonctionnaires, travailleurs sociaux, représentants locaux ou agents de terrain avancent tous dans une zone grise où il n’existe jamais de solution parfaite.
Les personnages sont un peu caricaturaux mais ils représentent ainsi différentes manières d’appréhender l’administration, ce qui permet au récit au trait simple et lisible de rester vivant et accessible, sans jargon technocratique. On rit jaune devant les situations bureaucratiques ubuesques, sans minimiser la détresse des exilés ni l’usure morale des agents pour lesquels on se prend d’une certaine tendresse.
Un album dans la lignée de la BD à succès « Quai d’Orsay » de Christophe Blain et Abel Lanzac, de son vrai nom Antonin Baudry, l’une des plumes de Dominique de Villepin au ministère des Affaires étrangères.

Dessinateur: Kokopello – Scénariste: Cléo – Editeur: Les Arènes BD – Prix: 24 euros.

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