RUE DE LA GRANDE TRUANDERIE – Volume 2. La mort de l’utopie
Le fils de Godin torture Glannes afin de tout savoir sur leFamilistère du crime. Entre utopie sociale et noirceur des bas-fonds parisiens, fin d’un diptyqueambitieux maisfrustrant dans sa conclusion.
Dans ce second et dernier tome de « La Grande Truanderie », Jean-David Morvan et Romain Rousseaux Perin déploient leur fresque sociale, en racontant le destin de Glannes, fondatrice d’un étonnant Familistère du crime dans le Paris des bas-fonds: une utopie dévoyée, miroir sombre du modèle originel imaginé par Jean-Baptiste André Godin pour la classe ouvrière au sein de l’authentique Familistère de Guise dans l’Aisne.
L’intrigue s’assombrit lorsque Glannes est enlevée par Émile Godin, fils du fondateur, rongé par la jalousie. Il tente, par l’hypnose, d’effacer la mémoire de la jeune femme et de détruire son utopie. Le récit navigue habilement entre deux modèles d’organisation sociale, chacun défendant une vision du monde irréconciliable. Les flashbacks permettent de comprendre la trajectoire de Glannes, révélant les étapes de la création de la rue de la Grande Truanderie.
Le travail de Rousseaux Perin, nourri par sa double formation en architecture et en sociologie, se distingue par une reconstitution minutieuse du Paris populaire. Les décors, qu’ils soient intérieurs ou extérieurs, regorgent de détails, tandis que certaines planches en plongée ou contre-plongée donnent de l’ampleur aux décors et participent pleinement à l’immersion dans des quartiers où « violence, crime et vice » structurent le quotidien.
Si le titre de ce second opus ne laisse guère de doute quant à la pérennité de l’utopie imaginée par Glannes, le lecteur sera surtout déçu par la conclusion : après un climax intense, le dénouement est expédié dans les trois pages suivantes, sous la forme d’un épilogue situé des années plus tard, comme si les auteurs s’étaient soudain rendu compte de la pagination ou qu’un troisième tome avait été un temps prévu. Un choix qui laisse une impression d’inachevé et un sentiment de frustration.
Dessinateur: Romain Rousseaux Périn – Scénariste: Jean-David Morvan – Editeur: Grand Angle – Prix: 15,90 euros.
