Yannick Grossetête: «Cette BD m’a permis de trouver l’amour»
Avec «Merci l’Amour, merci la Vie !», l’auteur explore les relations amoureuses sous un angle absurde et décalé. Un album drôle et lucide, où l’intime s’invite parfois là où on ne l’attend pas.
Comment est né «Merci l’Amour, merci la Vie!»?
Yannick Grossetête. En 2018, j’avais sorti chez Delcourt « 90 Minutes », qui était un recueil d’histoires courtes, humoristiques et absurdes sur la Ligue 2 de football. Je suis un grand supporter de l’A.J. Auxerre, à l’époque en deuxième division. Après cet album, j’ai commencé à avoir le même genre d’idées, mais sur le thème de l’amour. C’est venu petit à petit et au bout d’un moment, j’ai eu assez de matière pour en faire un album.

Avez-vous puisé dans votre propre vécu ou dans celui de votre entourage?
Y.G. Il y a un peu de tout ça. Je ne saurais pas vraiment répondre. En général, les idées viennent toutes seule, comme par magie. Ça arrive quand je laisse mon esprit divaguer, quand je m’ennuie, dans le train par exemple, avant de dormir, quand je marche… Chez moi, l’ennui est primordial pour être créatif. Ensuite, je retravaille l’idée de départ, le rythme et les dialogues pour aller à l’essentiel, à cette étape s’ajoute une part d’improvisation.
Les gags reposent assez souvent sur un effet de surprise. Est-ce difficile de surprendre le lecteur?
Y.G. Je ne pense pas au lecteur quand j’écris. J’essaie juste de m’amuser. Ensuite, je fais relire pour m’assurer que l’on comprenne tout. C’est l’idée de base qui va dicter la suite et la chute. Si le lecteur est surpris, c’est bien, mais ce n’est pas forcément le but, j’essaie juste de faire rire.

« L’album ne montre que les mauvais côtés des relations amoureuses, mais à titre personnel, il m’a permis de trouver l’amour. »
Est-il compliqué d’éviter la redite sur ce type d’album?
Y.G. J’ai l’impression d’avoir réussi à ne pas trop me répéter en tout cas, notamment en variant le style d’humour. Par contre, à la fin des deux tomes, je n’avais plus d’idées. Dans ces cas-là, je ne me force pas, justement pour éviter de tourner en rond et de me répéter. Peut-être qu’un jour d’autres idées me viendront, pour le moment, je préfère travailler sur d’autres projets.

Y a-t-il un gag ou une scène qui vous tient particulièrement à cœur dans l’album?
Y.G. «La déclaration», parce que dans cette histoire, le prénom du personnage féminin n’a pas été choisi par hasard. C’était à l’attention d’une personne qui s’est reconnue, et avec qui, grâce à cette BD, je vis depuis un peu plus de quatre ans. C’est assez ironique parce que l’album ne montre que les mauvais côtés des relations amoureuses, mais à titre personnel, il m’a permis de trouver l’amour. « Merci l’amour, merci la vie », mais au premier degré cette fois (sourire).
Votre dessin est très épuré avec peu de décors. Il faut aller à l’essentiel dans ce genre d’histoire?
Y.G. Pour moi, le dessin doit servir le récit, et pour « Merci l’Amour, merci la Vie ! », le plus important sont les situations, les dialogues, les silences… Inutile d’avoir un dessin très poussé, le lecteur s’attarderait dessus et ça pourrait parasiter le rythme de lecture. À l’inverse, je travaille en ce moment sur un scénario de presque 200 pages où pour faire passer les émotions, je dois pousser mon dessin vers quelque chose de beaucoup plus réaliste, je travaille le dessin, les attitudes des personnages, les regards, les ambiances de couleur… C’est un peu le grand écart. À chaque nouveau projet, je cherche le dessin qui collera le mieux possible au scénario, même si ça me fait sortir de ma zone de confort.

« Si je fais une histoire où deux personnages se rencontrent, tombent amoureux et tout va bien, il n’y a rien d’intéressant à raconter. »
Vos personnages n’ont souvent pas d’yeux. Pourquoi ce choix?
Y.G. Je mets juste ce qu’il faut de détails, les sourcils froncés suffisent pour l’expression, pas besoin des yeux si ça fonctionne sans.
Le titre « Merci l’Amour, merci la Vie ! » est à la fois enthousiaste et ironique…
Y.G. Il est 100% ironique et je pense qu’il représente bien l’ensemble de l’album. Je précise que je n’ai pas une vision uniquement cynique des relations amoureuses. Mais, si je fais une histoire où deux personnages se rencontrent, tombent amoureux et tout va bien, il n’y a rien d’intéressant à raconter.
Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)
« Merci l’Amour, merci la Vie ! – Anthologie du love » par Yannick Grossetête. Fluide Glacial. 16,90 euros.

