Kid Toussaint: «Avec Woodstock, j’avais un super plateau de jeu»
Kid Toussaint et José-Luis Munuera ne racontent pas Woodstock à la manière d’un documentaire : ils y installent une histoire d’amour. «Woodstock 69 – Le concert du siècle», une comédie romantique rythmée par la musique, l’utopie et le chaos du festival.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter Woodstock en bande dessinée?
Kid Toussaint. José-Luis (Munuera) avait un projet de Mickey Mouse à Woodstock mais étrangement Disney n’a pas voulu voir sa souris stone à un concert de hippies. José-Luis m’en a parlé et m’a demandé si ça m’intéressait d’écrire sur Woodstock. On s’était bien amusé dans le chaos des JO de 1904 avec « La course du siècle» et je me suis dit qu’un chaos avec une bande son serait encore plus amusant.
Woodstock est devenu un mythe fondateur de la culture pop. Qu’est-ce qui vous fascinait le plus dans cet événement hors norme?
K.T. Un être humain, c’est déjà toujours intéressant en soi. Alors, 500.000 réunis au même endroit pour faire la fête dans des conditions précaires, forcément, ça m’intéresse. Ici, il y a toute l’organisation, la figure de Michael Lang… et justement, le mythe que c’est devenu. José-Luis avait une vision romantique latine hippie de l’événement. J’avais une vision plus cynique, anglo-saxonne et punk du festival. Nous avons donc étudié tout ça.

Plutôt que de livrer un récit purement historique, vous avez choisi d’aborder Woodstock à travers une comédie romantique. Ce parti-pris s’est-il imposé naturellement?
K.T. Oui. Nous ne sommes pas biographes. On ne fait pas de bande-dessinée documentaire. D’autres le fond très très bien. On raconte des histoires. Dès le départ, contrairement à « La course du siècle », je m’étais dit que je ne prendrais plus de protagoniste historique. Il me fallait un peu plus de liberté.
Comment avez-vous réussi à faire cohabiter cette histoire d’amour avec la reconstitution d’un événement aussi massif et symbolique que Woodstock?
K.T. Ça n’a été possible que grâce à José-Luis Munuera qui après avoir dessiné 40 marathoniens était prêt à dessiner 500.000 festivaliers. Pour moi, ce fut juste jouissif ; j’avais un super plateau de jeu, avec des grands musiciens, des organisateurs idéalistes, une série d’événements et de passages obligés… et je pouvais y déplacer mes pions à ma guise.

Le dessin de José Luis Munuera et les couleurs de Sedyas évoquent parfaitement l’énergie, la liberté et l’esthétique de la période hippie. Avez-vous travaillé ensemble sur cette ambiance visuelle?
K.T. La couleur (géniale) façon vieille pellicule surexposée est une direction que José-Luis a donné à Sedyas qui l’a brillamment rendue. C’est entièrement leur travail.
Au-delà du concert, «Woodstock 69» célèbre des valeurs de tolérance, de partage et d’utopie collective. Était-il important pour vous de faire résonner ces idéaux aujourd’hui?
K.T. Je ne peux pas répondre à cela ; je compte encore me rendre aux États-Unis durant ces trois prochaines années (sourire). Plus sérieusement, mon avis sur « Woodstock 69 » est plus nuancé que ça et, contrairement, à ce que dit l’esprit chagrin collectif, le « c’était mieux avant » et les « tout fout le camp, ma bonne dame », on trouve encore ces belles valeurs dans bien des festivals et manifestations aujourd’hui… même si, oui, parfois, on doit s’y accrocher fermement et ne pas abandonner.
Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)
«Woodstock 69 – Le concert du siècle» par Kid Toussaint et José-Luis Munuera. Le Lombard. 21,95 euros.

