Jean-Luc Cornette: «L’enquête n’a jamais pu être résolue»
En 1971, un homme détourne un avion, saute en parachute avec 200.000 dollars… et disparaît à jamais. Avec « Le Dernier Vol de Dan Cooper », Jean-Luc Cornette imagine ce qui aurait pu se passer après ce saut devenu légendaire et livre une hypothèse aussi crédible que captivante.
Comment avez-vous découvert cette histoire pour la première fois?
Jean-Luc Cornette. C’est mon ami, l’auteur de BD Jean-Louis Tripp, qui m’a raconté cette histoire et ça m’a tout de suite fasciné. J’ai écouté l’émission de Fabrice Drouelle « Affaires Sensibles » sur France Inter consacrée à Dan Copper et ça m’a convaincu d’en faire quelque chose. J’ai rappelé Jean-Louis Tripp pour être certain qu’il n’avait pas pour projet d’en faire une BD également. Il me l’a confirmé et j’ai démarré.
« J’ai pensé que la fiction pouvait me permettre de dire: ‘moi, je sais ce qu’il s’est passé. Je vais vous le raconter’.»
Qu’est-ce qui vous a fasciné dans l’affaire D.B. Cooper?
J.-L.C. Diverses choses. L’audace de Cooper qui s’enfuit avec la rançon qu’il a demandée en sautant en parachute d’un avion de ligne. Mais surtout le fait que l’enquête n’a jamais pu être résolue et le fait qu’on ne saura probablement jamais s’il a survécu ou pas à son saut en parachute.

Pourquoi avoir choisi d’ajouter de la fiction à votre adaptation?
J.-L.C. La partie basée sur la vérité historique a été racontée mille fois. Si on cherche un peu, il y a beaucoup de documentation à ce propos. Les pistes du FBI et des fanatiques qui essaient encore aujourd’hui de percer ce mystère sont connues aussi. Et elles n’ont jusqu’ici jamais abouties. Une simple mise en dessin de cela n’apporterait pas grand chose. J’ai pensé que la fiction pouvait me permettre de dire : « moi, je sais ce qu’il s’est passé. Je vais vous le raconter. »
Comment avez-vous imaginé ce qu’aurait pu devenir D.B. Cooper ? Est-ce que vous vous êtes basé sur des éléments concrets ou est-ce purement fictionnel?
J.-L.C. La construction du récit fut assez complexe car je devais tenir compte d’éléments factuels auxquels je ne pouvais pas toucher. On sait où et quand il a sauté en parachute. La majorité des experts disent qu’on ne survit pas à ce genre de saut de nuit, dans la tempête et vêtu que d’une chemise et une veste légère. Donc pour garantir sa survie, on devait l’équiper. Mais on sait qu’il n’avait pas de bagage. C’est pour ça qu’il fallait lui inventer une complicité plausible. On a d’abord pensé à une hôtesse. Mais les hôtesses sont encore vivantes aujourd’hui et on sait qu’elle sont totalement innocentes. On ne peut pas les accuser d’un méfait qu’elles n’ont pas commis… Ce fut comme ça pour tout. Comment échapper à pied d’une forêt ratissée en tout sens par l’armée ? Où se planquer afin d’utiliser l’argent sans se faire prendre alors que les numéros des billets sont notés ? Jusqu’à la toute fin où je me suis demandé si la fiction me permettait de dire s’il était encore vivant ou pas après toute cette aventure. J’avançais dans le scénario et chaque fois que je me heurtais à un fait réel, précis et incontestable, je repartais en arrière pour chercher une autre voie. A la fin, même si c’est de la fiction, tout doit être plausible. On doit pouvoir croire que c’est la vérité.

Comment s’est passée la collaboration avec Renaud Garreta pour créer l’atmosphère visuelle de cet album?
J.-L.C. Extrêmement bien. On ne se connaissait pas au début et on ne connaissait pas non plus le travail de l’autre. Il se fait que Renaud a parlé à Franck Marguin, notre éditeur chez Glénat, de l’idée de faire une BD sur D.B. Cooper, un jour avant moi. Franck nous a mis en contact et on a décidé de faire ça ensemble. Il a fallu un peu apprivoiser la manière de faire de l’autre. Moi par exemple, je n’ai jamais travaillé avec un dessinateur à ce point réaliste. Mais pour une histoire avec des avions, des détails techniques, ça tombait très bien. Renaud n’a sans doute jamais travaillé avec un scénariste comme moi qui suis totalement allergique aux textes off explicatifs. Mais, on s’est vite accordé au point qu’on est déjà reparti sur un autre projet ensemble.
« J’aime les gens qui sortent du cadre. Même si je les coince dans des cases de BD bien fermées. »
Pourquoi cette histoire, vieille de plus de 50 ans, vous semble-t-elle encore pertinente aujourd’hui?
J.-L.C. Ce n’est pas une question que je me pose. Ces dernières années, j’ai écrit des BD qui se déroulent bien plus loin dans le temps. Ce qui m’importe, c’est de parler de différentes personnes qui ont vécu ou vivent des choses non-conventionnelles et de m’intéresser à ce qui se passe dans leur tête pour avancer dans la vie. J’aime les gens qui sortent du cadre. Même si je les coince dans des cases de BD bien fermées. Tout ça pour dire que si le personnage est intéressant et que la vision que je porte dessus permet de partager des émotions particulières, je pense que l’histoire sera pertinente.
Y a-t-il un autre fait divers que vous rêveriez d’explorer un jour en BD?
J.-L.C. Il n’y en a pas un, mais des dizaines, des centaines… Notre nouveau projet avec Renaud Garreta sera à nouveau de mettre sous notre microscope une personne qui a vécu un fait divers très étonnant. Cela donnera deux albums de 120 pages. Mais, je ne dis pas encore de qui il s’agit…
Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)
«Le Dernier Vol de Dan Cooper» par Jean-Luc Cornette et Renaud Garreta. Glénat. 19 euros.

