THE JUNCTION
Douze ans après sa disparition, un garçon refait surface déclenchant une incompréhension d’autant plus grande qu’il ne semble pas avoir vieilli. Un album singulier autant sur la forme que sur le fond.
Après le remarqué « Downlands », le Canadien Norm Konyu confirme avec « The Junction » son intérêt pour le fantastique intime. Le point de départ intrigue d’emblée. Douze ans après sa disparition à Medford en 1984, Lucas Jones sonne à la porte de chez son oncle et sa tante. Mais à la joie des retrouvailles se mêlent très vite les premières interrogations: comment en 1996 est-il possible que Lucas soit toujours le même garçon de 11 ans? Comme l’enfant reste mutique, l’inspecteur David King et à la psychologue Jean Symonds vont tenter de trouver des réponses à partir des rares affaires qu’il a rapportées: quelques Polaroid et surtout son journal intime dans lequel il évoque Kirby Junction, une ville qui n’existe pas où les maisons semblent surgir de nulle part. La narration éclatée, alternant rapports de police, extraits de journal et interrogatoires, brouille les perceptions et à mesure que l’enquête avance, l’impossible s’impose comme une évidence.
Sur le fond, « The Junction » dépasse largement le cadre du récit fantastique et Konyu construit une réflexion très sensible, onirique et presque psychanalytique sur la mort et le deuil. La mystérieuse ville de Kirby Junction apparaît alors comme un lieu suspendu, où le temps figé permet de ne pas affronter la perte.
Le trait de Konyu, d’une apparente simplicité, frôle l’abstraction géométrique. Issu du monde de l’animation, son dessin vectoriel – conçu sous Adobe Illustrator à partir de croquis – compose un univers où maisons rigoureusement tracées et personnages polygonaux cohabitent, donnant parfois l’illusion de collages. Une rigueur formelle contrebalancée par un travail sur les textures et les couleurs pastel qui viennent réchauffer l’ensemble. Le livre lui-même, avec son élégante couverture épaisse et texturée, prolonge cette exigence.
Derrière son intrigue énigmatique et son esthétique géométrique, « The Junction » confirme ainsi le talent singulier de Norm Konyu dont un troisième album, intitulé « L’espace entre les arbres », doit paraître fin 2026.
Dessin et scénario: Norm Konyu – Editeur: Glénat – Prix: 22 euros.

