SOMNA

Une jeune femme se laisse aller au désir et au plaisir en pleine période de chasse aux sorcières. Un récit sombre autour de l’émancipation féminine aux choix graphiques marqués.

Dans un village anglais au XVIIe siècle, en pleine période de chasse aux sorcières, Ingrid se sent délaissée par son mari Roland, le chef des Inquisiteurs qui est tout à son obsession: éliminer les hérétiques. Frustrée, la jeune femme se laisse aller la nuit à des pensées « honteuses », entraînée par une forme fantomatique. Faut-il y voir une nouvelle fois l’oeuvre du Malin?
Réalisé à quatre mains par un duo féminin et auréolé de l’Eisner award de la meilleure nouvelle série 2024, « Somna » est présenté comme un thriller érotique. En fait ce one-shot, qui inaugure la collaboration de Delcourt avec l’éditeur américain DSTLRY, constitue surtout un mélange d’érotisme très sage et de fantastique supposé qui reste trop timide dans ses ambitions.
Graphiquement en revanche, « Somna » a osé deux genres très différents en alternance: Becky Cloonan met en scène Ingrid au quotidien avec un trait gras et sombre et une colorisation terne tandis que Tula Lotay se charge des passages oniriques avec des planches très photographiques aux couleurs lumineuses et rougeoyantes. Malheureusement, ces choix diamétralement opposés perturbent surtout la lecture et empêchent une véritable immersion dans une histoire dont le mérite reste de dénoncer l’obscurantisme et le puritanisme américain et de louer l’émancipation féminine.

Dessin et scénario: Becky Cloonan et Tula Lotay – Editeur: Delcourt – Prix: 23,50 euros.

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