QUAND J’ÉTAIS PETITE, JE RÊVAIS D’ÊTRE UNE MUSE

A 16 ans, Dana devient muse à Paris mais à 24 ans, elle déchante, remplacée par de plus jeunes femmes. Une réflexion ironique sur ce drôle de « métier » et un hommage à toutes les muses des temps passés injustement considérées.

Élevée dans une famille modeste, nourrie de livres, d’images et d’un imaginaire parisien largement fantasmé, Dana s’est construit une étonnante vocation: devenir muse, celle qui inspire l’artiste qui saura la révéler… Débarquée à Paris à l’âge de 16 ans, elle devient, de rencontres en relations qu’elle pense profondes et complices, l’égérie de plusieurs d’entre eux. Mais lorsque sa mère meurt soudain, la jeune femme, moins joyeuse et moins disponible, ne tarde pas à 24 ans à être remplacée par des muses plus jeunes.
À partir de cette rupture, Erell Hannah (performeuse queer, activiste politique et co-autrice d’un blog BD de vulgarisation féministe) et Maëlle Reat (« Blanche », « Murmures de Café ») déplacent ce récit de l’intime vers l’histoire de l’art. Dana enquête alors sur celles qui l’ont précédée: Dora Maar, Kiki de Montparnasse, Gala et quantité d’autres femmes dont la postérité s’est souvent résumée au nom de l’artiste qu’elles ont inspiré et accompagné avant d’être jugée trop âgée. Derrière le mythe romantique de la muse apparaissent alors des parcours autrement plus sombres : l’exploitation, les violences, la précarité, l’internement, la mort prématurée mais aussi des œuvres personnelles éclipsées par celles de l’artiste. La période 2016-2020 durant laquelle se déroule le récit – traversée par #MeToo – fournit à Dana les mots et les outils pour comprendre ce qu’elle a vécu. C’est aussi l’occasion de mettre en exergue le révoltant « tableau de chasse » de nombreux artistes connus et reconnus qui seraient aujourd’hui accusés de pédopornographie ou de pédophilie.
Mais jamais « Quand j’étais petite, je rêvais d’être une muse » ne tombe dans la lourdeur démonstrative, l’humour et l’ironie qui se dégagent en permanence des planches au trait souple et expressif permettant d’alléger le ton et de garder très vivant un récit qui voit finalement une vocation de petite fille se métamorphoser en émancipation inspirante.

Dessinatrice: Maëlle Reat – Scénariste: Erell Hannah – Editeur: Casterman – Prix: 25 euros.

Share