LE PÉPÈRE

Un retraité solitaire qui a tout du gentil papy se retrouve piégé par une camée et son jules proxénète. Ou l’inverse… Un récit noir comme on les aime.

La première fois, c’est un accident. Pépère, modeste retraité des Postes, pousse un peu trop fort la dame de l’agence immobilière venue lui annoncer la destruction de sa vieille échoppe bordelaise. La malheureuse meurt, empalée sur un portemanteau en fer forgé. Un concours de circonstances… qui révèle chez le vieil homme solitaire un appétit insoupçonné pour le meurtre.
À l’origine, « Le Pépère » était un récit court publié en 2022 dans l’album collectif « Le crime parfait ». Emmanuel Moynot en reprend ici l’idée pour construire un véritable polar, plus dense et plus abouti. Préfacé par Pascal Rabaté, qui a également participé au synopsis, le récit alterne les points de vue de Pépère et de Vanessa, une jeune prostituée ravagée par la drogue qui survit entre petits larcins et passes. Deux destins brisés qui avancent en parallèle jusqu’à leur rencontre. Quelques retours sur la jeunesse de Pépère viennent éclairer sa psychologie et rendent le personnage à la fois humain et dérangeant.
Habitué aux atmosphères noires — il a notamment participé à plusieurs albums de « Nestor Burma » — Moynot ancre son histoire dans un Bordeaux populaire réaliste. Son trait rugueux, renforcé par de grands aplats de noir, installe une ambiance lourde et oppressante. La vieille maison familiale est, elle, un personnage à part entière. Les meubles, la tapisserie qui suinte l’humidité, l’électroménager d’un autre âge, la chambre des parents, la cave en terre battue ou encore le jardin plongé dans l’ombre des arbres plantés avec son père composent un décor figé dans le temps. Une maison à l’image de son occupant : figée, rongée de l’intérieur et pleine de secrets.
L’intrigue est finalement assez classique mais l’humour noir, le cynisme et le regard que porte Moynot sur ses personnages donnent au récit une saveur toute particulière. Et lorsque tombe le dernier chapitre, on comprend que tout ce qui précédait n’était encore que la partie émergée de l’iceberg.

Dessin et scénario: Emmanuel Moynot – Editeur: Glénat – Prix: 19 euros.

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