LE COCON

Le parcours hors du commun de Judith Scott, figure majeure de l’Art Brut atteinte de trisomie 21.

Elle est aujourd’hui considérée comme l’une des grandes figures de l’Art Brut, mais ce n’est qu’à 44 ans que Judith Scott (1943-2005) découvre ce qui deviendra son langage : la sculpture textile. Enveloppant des objets du quotidien dans des couches de fils, elle donne naissance à des formes énigmatiques, organiques, presque vivantes.
Dans « Le Cocon », Natacha Sicaud et Alexandre De Moté choisissent de remonter bien avant sa révélation artistique. Le plus gros de l’album est donc consacré à son enfance et ses 35 ans d’internement dans une institution hospitalière maltraitante. Atteinte de trisomie 21 et sourde, Judith est incomprise et ne dispose que de la violence et des cris pour s’exprimer. À travers des scènes poignantes — l’administration de calmants qui l’abrutissent, les heures interminables d’isolement et même l’arrachement de toutes ses dents pour empêcher qu’elle morde —, le récit met en lumière via des couleurs douces (mais un peu ternes) les violences institutionnelles infligées aux enfants en situation de handicap.
Dépassant le cadre biographique, l’album préfacé par l’historienne de l’art Lucienne Peiry, ancienne directrice de la Collection de l’Art Brut à Lausanne, « Le Cocon » invite aussi à porter un autre regard sur l’art, le handicap et les formes d’expression non verbales. Car au fond, l’album rappelle avec justesse que la relation à l’autre ne passe pas uniquement par la parole et que les fils entrelacés peuvent dire bien plus que les mots.

Dessinatrice: Natacha Sicaud – Scénariste: Alexandre de Moté – Editeur: Glénat – Prix: 20 euros.

Share