L’ABIME DE L’OUBLI

Près de 85 ans après la mort de son père, victime du franquisme comme des milliers d’autres Espagnols, la quête d’une fille pour lui offrir une sépulture digne. Un récit poignant sur un épisode de la mémoire collective que l’Histoire a voulu effacer.

Le 14 septembre 1940, 532 jours après la fin de la guerre civile espagnole, José Celda est fusillé par le régime franquiste et enterré dans une fosse commune avec onze autres hommes. 70 ans plus tard, sa fille Pepica, âgée de huit ans au moment des faits, parvient à localiser sa dépouille.
Son combat pour lui offrir une sépulture digne et le travail des archéologues chargés des exhumations et de l’identification, c’est ce que raconte « L’abîme de l’oubli », un épais album au format à l’italienne signé des Espagnols Rodrigo Terrasa, journaliste à El Mundo, et Paco Roca, dessinateur au trait semi-réaliste et lisible. Au total, les historiens estiment entre 600 et 800 le nombre de fosses communes datant de la Terreur blanche et de la répression franquiste.
A partir d’un important travail de documentation, les auteurs se sont particulièrement appuyés sur des personnages réels comme celui de Pepica Celda qui, à travers sa quête personnelle a aussi travaillé pour le collectif, et de Leoncio Badía, le fossoyeur qui au péril de sa vie a permis à des familles de se recueillir une dernière fois et de conserver des indices pour leur permettre de retrouver un jour leurs disparus. Les personnages d’une archéologue enceinte et d’un groupe de mères, veuves ou soeurs, sont eux plus métaphoriques et incarnent l’Espagne.
Car au delà de la recherche des fosses, c’est le portrait d’une nation qui a délibérément choisi l’oubli (« une amnésie démocratique ») qui est fait, c’est un hommage à ceux qui se sont battus pour que la mémoire soit retrouvée et un appel à ne plus jamais oublier les horreurs que l’Histoire a tenté d’effacer.

Dessinateur: Paco Roca – Scénariste: Rodrigo Terrasa – Éditeur: Delcourt, collection Mirage – Prix: 29,95 euros.

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