LA DIALECTIQUE DU CALBUTE SALE
Un départ précipité en pleine nuit et un caleçon abandonné. Touchée par ce comportement humiliant, Ovidie se lance dans une enquête pour mieux en comprendre les raisons. Une enquête introspective et sociologique.
Il y a des récits qui naissent d’un détail trivial. « La dialectique du calbute sale », co-signé par Ovidie et Audrey Lainé, s’ouvre sur l’un de ces moments suspendus entre humiliation et grotesque : un homme quitte précipitamment le lit d’une femme en pleine nuit, abandonnant derrière lui au pied du lit un emballage de préservatif… et son caleçon sale comme une offrande. Pourquoi est-il parti ? Qu’ai-je fait de mal ? Pourquoi ce geste me bouleverse-t-il autant ? La femme en question, double fictionnel d’Ovidie, ex-actrice porno, autrice, réalisatrice et journaliste féministe, fait de cette mésaventure intime le point de départ d’une enquête aux accents quasi policiers, avec un caleçon en guise de pièce à conviction.
Adaptée du podcast éponyme aux quelque 800.000 écoutes sur Binge, la bande dessinée suit cette quête introspective nourrie de rencontres et d’échanges : médecin, éducatrice, journaliste, militante féministe ou spécialiste du numérique viennent tour à tour proposer leur grille de lecture. Graphiquement, Audrey Lainé signe elle une mise en images d’une grande clarté et insuffle rythme et légèreté à des discussions riches et souvent éclairantes autour de la masculinité toxique, des rapports de domination et du consumérisme des corps. Reste qu’à force de sur-analyser chaque mot, chaque geste, chaque silence, l’album donne le sentiment de s’enliser dans une forme de surinterprétation. D’autant que derrière le mystère du « calbute », il n’y aurait finalement qu’un homme divorcé pathétique, englué dans une « middle life crisis »…
Dessinatrice: Audrey Lainé – Scénariste: Ovidie – Éditeur : Marabulles – Prix: 19,95 euros.