GREEN WITCH VILLAGE

Une jeune femme de notre siècle se réveille dans la peau de Tabatha vivant à New York en 1959. Un récit rocambolesque enlevé inspiré des comics des années 50.

Lorsqu’elle ouvre les yeux après un malaise, ses colocataires l’appellent Tabatha et elle se trouve dans un appartement new-yorkais en 1959. Sauf que la jeune femme est convaincue qu’il ne s’agit pas de son prénom et qu’elle est une trentenaire de 2025… Une drôle de situation qui va confronter « Tabatha » au sexisme permanent de l’époque, à l’ambiance de guerre froide et même la menace d’une bombe atomique sur la ville…
A la base de cet album qui a pris la forme d’un album classique franco-belge, il y a les fameuses « sunday pages » des journaux américains et le processus de création très codifié des dessinateurs de comics des années 50 auquel Lewis Trondheim et Franck Biancarelli (qui ont déjà réalisé ensemble « Karmela Krimm ») ont voulu rendre hommage. Pour ce faire, ils sont imposés quatre contraintes de l’époque: « Que la première case soit toujours une grande image; que la dernière case offre systématiquement une chute; que chaque page puisse être lue de façon autonome; et enfin que le découpage de chaque planche permette sa publication en trois ou quatre strips. »
La partie graphique s’inspire évidemment elle aussi de l’âge d’or des comics, avec un trait précis et élégant à l’ambiance vintage pleine de charme, la jolie colorisation automnale signée Jérôme Maffre et les traits de l’actrice Audrey Hepburn donnée à Tabatha.
Le résultat est à la hauteur même si certaines ellipses et enchaînements peuvent surprendre au départ. On plonge ainsi dans une histoire abracadabrante au rythme soutenu et aux nombreux genres mélangés – comédie de mœurs, fantastique, polar, espionnage… – qui en près de cent pages réussit à mettre en scène un voyage dans le temps, un corps possédé, un fantôme, une sorcière verte, un producteur répugnant, un agent de la CIA et un autre du KGB, des terroristes nazis et une bombe atomique! Bombe qui d’ailleurs n’est pas venue de nulle part dans la tête des auteurs puisqu’en février 1958, les Américains ont réellement « égaré » une bombe atomique (non amorcée) au large de Tybee Island après la collision entre un bombardier et un avion de chasse. Le décalage entre l’attitude et les répliques de Tabatha et le mode de vie de la fin des années 50 apporte en outre une bonne dose d’humour à l’ensemble. Un chouette album donc qui prouve s’il en était besoin que d’un carcan narratif peut émerger une oeuvre créative.

Dessinateur: Franck Biancarelli – Scénariste: Lewis Trondheim – Editeur: Le Lombard – Prix: 21,95 euros.

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