FOREVER LOVE – Quand la télé-réalité s’empare de l’amour
Deux amies partagent une passion assumée pour les émissions de téléréalité sentimentale. Une BD-essai didactique qui interroge les modèles féminins qu’elles véhiculent.
Que racontent de notre société les émissions de télé-réalité sentimentales de type « Mariés au premier regard »? C’est la question au cœur de « Forever Love », bande dessinée signée Anaïs Schenké (« Fragments », « Après, ce sera trop tard ») et Aziliz Kondracki, chercheuse en sciences sociales. Ensemble, elles mêlent fiction et analyse pour décrypter les imaginaires amoureux façonnés par ces programmes.
L’histoire suit Lola et Amel, amies depuis toujours. L’une accumule les déconvenues sur les applications de rencontre, l’autre est en pleine séparation mais un rituel les réunit: regarder avec passion ces émissions qui promettent le grand amour. Ce point de départ pouvait laisser présager une satire mordante ou une comédie grinçante. Or, la bande dessinée prend un chemin différent, en adoptant un ton sérieux et analytique.
La dimension féministe irrigue l’ensemble de l’ouvrage. Les autrices montrent comment ces émissions recyclent les archétypes les plus classiques de la romance tout en entretenant les injonctions contradictoires adressées aux femmes : être indépendantes mais rassurantes, désirables mais naturelles, libres mais pas trop non plus. En somme, correspondre à l’idéal de la femme «bonne à marier », sous couvert d’émancipation et de modernité. La démonstration est convaincante et invite à regarder ces programmes avec un œil plus critique même si le propos finit par tourner quelque peu en rond. Graphiquement, Anaïs Schenké opte pour un dessin simple au trait rond et doux qui favorise une lecture fluide et accompagne les réflexions du récit sans les alourdir.
A noter en fin d’album la dédicace adressée à Loana Petrucciani, figure emblématique de la première vague de télé-réalité française, décédée le 25 mars 2026 à l’âge de 49 ans.
Dessinatrice: Anaïs Schenké – Scénariste: Aziliz Kondracki – Editeur: Steinckis – Prix: 22 euros.

