ERECTUS

Un virus transforme les humains en homo erectus. Face à la menace doit-on les éliminer ou les rééduquer? Adaptation prenante d’un roman d’anticipation inquiétant.

Alerte sur la planète. Un virus échappé d’un laboratoire en Afrique du Sud s’attaque aux végétaux, animaux et humains en reprogrammant leur génome. Conséquence spectaculaire, les infectés régressent de quelques millions d’années sur l’échelle de l’évolution. L’éléphant mute par exemple en gomphotherium avec ses quatre défenses, les rats retrouvent leur ergot venimeux, la première fleur de l’humanité refleurit et l’homme se transforme en… homo erectus, au corps poilu et aux épaisses arcades sourcilières. Le temps presse pour les scientifiques, dont la paléontologue Anna Meunier, s’ils veulent empêcher la régression de l’humanité entière.
Avec « Erectus », on pense à « La planète des singes » de Pierre Boulle (1963) remis au goût du jour par un nouveau film actuellement au cinéma mais aussi et surtout à l’épidémie de Covid-19 pourtant postérieure à la parution du roman éponyme de Xavier Müller dont cette bande dessinée est adaptée.
« Dessine les créatures préhistoriques de la façon la plus réaliste possible ». C’est la seule consigne donnée par le romancier à Erik Juszezak (« Les héritiers », « Dantès »). Et le résultat est là: des infectés totalement crédibles, une bonne documentation de fond et un récit catastrophe qui a de quoi nous faire trembler.
Sur une centaine de pages denses, la BD mélange les discussions scientifiques, les décisions politiques et les scènes d’action où les homo erectus sont traqués et exfiltrés. Car le problème vient surtout de ces lointains ancêtres et des considérations philosophiques qu’ils engendrent: les erectus sont-ils encore des hommes? Faut-il les protéger? Peuvent-ils être rééduqués? Doit-on les considérer comme des bêtes sauvages à éliminer? Et dans ce cas, peut-on parler de génocide pour des êtres primitifs représentant une menace pour l’humanité? Autant de questions intéressantes qui viennent rajouter de l’intérêt à une intrigue de base déjà prometteuse. Le côté sentimental de l’histoire – le mari de la paléontologue enceinte est lui-même infecté – casse un peu le rythme, la mise au point d’un vaccin arrive un peu vite mais ce thriller d’anticipation tient en haleine du début à la fin.

Dessin et scénario: Erik Juszezak, d’après le roman de Xavier Müller – Editeur: Philéas – Prix: 19,90 euros.

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