DETER

Deter a réussi une mission suicide et maintenant il veut les pièces d’or promises, qu’importe les ennemis à abattre et les pièges à déjouer jusqu’au sommet du donjon. Un album à l’esthétique marquante.

Tout travail mérite salaire. Et en l’occurrence, Deter a réussi la mission de reconnaissance dont il est le seul survivant. Alors il vient réclamer son salaire au château, peuplé de guerriers maléfiques qui semblent s’être donné le mot pour lui mettre des bâtons dans les roues.
Mais Deter, créature fantastique monolithique et taiseuse, n’est pas du genre à tergiverser. « La vraie victoire, c’est de n’avoir rien cédé, d’avoir été fidèle à ses valeurs jusqu’au bout », écrit Amaury Bündgen à son sujet. et en effet, ni les menaces, ni la flatterie, ni l’argent, ni la violence physique ne semblent avoir de prise sur ce « logaï » solitaire, sorte de troll guerrier défiant les forces du chaos dont il fait lui-même partie. Le lecteur le suit ainsi sur une centaine de pages avec l’impression d’être plongé dans un jeu vidéo: chaque salle du donjon devient un niveau, chaque créature — nains, elfes, goules, squelettes ou monstres plus obscurs — un boss à vaincre, chaque couloir un piège à déjouer. Et toujours, Deter tombe, encaisse, puis se relève pour avancer.
Le scénario, il faut le dire, est simple et linéaire, avec très peu de surprises narratives, un héros en mode premier degré et une quête réduite à sa plus simple expression. Mais c’est assumé et cela fonctionne finalement plutôt bien grâce une esthétique en noir et blanc immersive qui se veut un hommage à la pure dark fantasy de Frank Frazetta et Richard Corben. Architectures vertigineuses, volumes démesurés, escaliers sans fin, couloirs éclairés à la torche, forêts denses ou marais putrides, les décors au trait réaliste sont particulièrement détaillés, tout comme les personnages, comme on a déjà pu le voir dans « Vertigéo » ou « Ion Mud ». Au final, « Deter » est une intéressante expérience graphique où la persévérance tient lieu de morale.

Dessin et scénario: Amaury Bündgen – Editeur: Casterman – Prix: 24 euros.

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