CE MONDE N’EXISTE PAS

Le destin de Jules Brunet, officier français devenu compagnon d’armes des derniers partisans du shogun à la fin du XIX siècle. Un roman graphique fascinant par sa forme, plus inégal dans son récit.

Martin Quenehen (« Quatorze juillet », « Corto Maltese » avec Bastien Vivès) et Antoine Cossé (« La Baie des mutins », « La Villa S », « Métax ») composent avec un récit librement nourri de la vie de Jules Brunet, officier-instructeur français envoyé au Japon qui choisit de quitter l’armée pour combattre aux côtés des troupes rebelles du shogun durant la guerre civile japonaise de 1868-1869. C’est aussi ce soldat qui inspira Edward Zwick pour son film « Le Dernier Samouraï ».
Le Japon, bien que central dans le synopsis, reste étonnamment discret dans l’immersion culturelle. Ici, pas de fresque historique foisonnante ni de plongée détaillée dans une société encore profondément marquée par ses traditions féodales. Peu bavard, le scénario traverse la vie du héros dans une construction fragmentée: une enfance douloureuse, marquée par les humiliations et la solitude, un passage en prison, l’apprentissage brutal de la guerre au Mexique, les premiers désillusions sentimentales, puis son départ pour le Japon au moment de la «guerre de l’Année du Dragon». Là, Jules rencontre Shizuka, courtisane mélancolique et narratrice du récit dont l’enfance cabossée et les blessures intimes font écho à celle du Français. Mais l’économie de mots et de détails tend à brouiller la lecture des évènements et à limiter l’attachement au personnage principal. La partie graphique impressionne davantage. Crayons, aquarelle et encre se mêlent dans un dessin vaporeux aux couleurs délicates. Antoine Cossé déploie un univers visuel singulier où les sensations prennent le pas sur le réalisme.
Au final, « Ce monde n’existe pas » convainc moins comme récit historique ou romanesque que comme expérience sensorielle.

Dessinateur: Antoine Cossé – Scénariste: Martin Quenehen – Editeur: Casterman – Prix: 25 euros.

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