BELLE DE SOIE

Jeannette, fille d’une talentueuse tisserande, quitte son village pour rejoindre la cour du roi sur la promesse d’une vie meilleure. Une fresque médiévale ambitieuse mais prenante.

Il était une fois une tisserande dont les étoffes raffinées séduisent jusqu’aux seigneurs de la région. Alors qu’elle s’apprête à transmettre son précieux savoir-faire à sa fille Jeannette, la duchesse Isolde propose à la belle jeune fille « aux yeux non-pareils » de l’accompagner à la cour du roi. A la clé, la promesse d’une vie meilleure et d’une ascension sociale. Mais les fils du destin ne sont pas aussi droits…
Avec « Belle de soie », Pavel Bart livre un imposant récit de plus de 200 pages qui commence comme un conte médiéval traditionnel, une histoire d’apprentissage et de découverte, mais le récit bascule peu à peu vers la tragédie, les intrigues amoureuse et les luttes de pouvoir. Loin d’être linéaire, le récit multiplie les points de vue, les fausses pistes et les retournements de situation, jouant volontiers avec le lecteur. Graphiquement, Pavel Bart soigne aussi chaque détail – les costumes, les architectures médiévales, les paysages et les scènes de cour donnent une vraie profondeur à l’univers – tandis que la colorisation d’abord lumineuse et chaleureuse s’assombrit à mesure que le voyage de Jeannette prend une tournure dramatique.
Mais « Belle de soie » est aussi un album très dense par les thèmes qu’il aborde: la différence entre les classes sociales, la condition des femmes, les rapports de domination ou l’homosexualité… Il y a beaucoup de pistes explorées, sans doute un peu trop. Mais Pavel Bart réussit à maintenir de la fluidité dans ce conte cruel et ambitieux. Un premier album réussi.

Dessin et scénario: Pavel Bart – Editeur: Delcourt, collection Mirages – Prix: 27,95 euros.

Share