A LA POURSUITE DE JACK GILET
Jack Gilet parcourt les Etats-Unis pour exécuter… des animaux fautifs. Une fable originale très joliment illustrée.
Bourreau assermenté comme son père, Jack Gilet va de ville en ville à travers les Etats-Unis du début du XXe siècle pour exécuter les condamnés selon les procédures fédérales. Mais ses condamnés à lui sont un peu particuliers: ce sont des animaux accusés d’avoir causé de graves nuisances, de gâcher des récoltes ou de provoquer des accidents mortels… A l’instar de cette chèvre tueuse dont l’exécution va provoquer la rage de sa propriétaire.
Il y a du vrai dans cette drôle d’histoire racontée par David Ratte. Des procès grotesques et surréalistes ont bel et bien existé dans le monde comme l’éléphante Mary, condamnée à mort en 1916 à Unicoi County aux Etats-Unis et pendue à une grue pour avoir écrasé la tête du dresseur qui la battait. Mais l’exécution de ces pauvres bêtes était faite en réalité par la police locale et non par un bourreau. Et encore moins par un bourreau entièrement dédié aux animaux.
Au delà de ce parcours de bourreau, d’une sombre histoire de vengeance et peut-être d’une histoire d’amour naissante, Ratte nous conte aussi l’histoire d’un homme placide et sensible – «un type qui fait un sale boulot, mais qui n’est pas pour autant un sale type» – qui finit par se rendre compte qu’il n’est pas ce qu’il voudrait être et qui n’est pas à sa place dans une société violente et obscurantiste.
D’un trait précis et délicat aux couleurs douces aquarellées, l’auteur montre un Far-West en pleine mutation, rattrapé par la révolution industrielle et de grandioses paysages américains encore dignes de westerns qui rappellent que si l’Homme se permet de juger lui même les autres espèces vivantes, il n’est rien devant la force de la nature.
Dessin et scénario: David Ratte – Editeur: Grand Angle – Prix: 19,90 euros.

