L’Education nationale annule une commande de «La Belle et la Bête» de Jul
800.000 exemplaires de l’album étaient destinés aux CM2. L’auteur a dénoncé une «censure».
Dans le cadre de l’opération « Un livre pour les vacances » qui vise depuis 2017 à offrir aux élèves de CM2 un classique de la littérature française revisité, 800.000 exemplaires de «La Belle et la Bête», conte traditionnel dans la version écrite de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont en 1756, devaient être tirés. Or d’après l’auteur du livre illustré, Jul («Silex and the City», «La Planète des Sages»), le ministère de l’Éducation nationale a purement et simplement annulé la commande «la veille du lancement de l’impression», laissant peu de chance aux écoliers de 2025 de recevoir un autre livre avant la fin de l’année. Une décision révélée par Le Monde.
Raison invoquée par le ministère à l’annulation in extremis de la commande : «L’ouvrage finalisé ne permet pas une lecture en autonomie, à domicile, en famille et sans l’accompagnement des professeurs pour des élèves âgés de 10 à 11 ans», selon la direction générale de l’enseignement scolaire. «En effet, les deux illustrations de l’ouvrage abordent des thématiques qui conviendraient à des élèves plus âgés, en fin de collège ou en début de lycée, telles que l’alcool, les réseaux sociaux, ou encore des réalités sociales complexes.»
Mais selon Jul, «les prétextes fallacieux et pour partie mensongers invoqués pour justifier la censure ne tiennent pas la route une seconde». «Le ‘grand remplacement’ des princesses blondes par des jeunes filles méditerranéennes serait-il la limite à ne pas franchir pour l’administration versaillaise du ministère?», s’interroge-t-il dans un communiqué.
Ironie de l’histoire, la préface élogieuse est signée par Elisabeth Borne, ministre de l’Education, qui écrit: «Vous découvrirez dans cette version, dessinée pour vous, la touche malicieuse et le regard affûté de Jul, qui insufflent à ce conte une modernité nouvelle»... « Je n’ai pas signé ce projet de préface. Il n’est pas arrivé jusqu’à moi », a toutefois assuré la ministre suite à la polémique, jugeant le livre «pas adapté» aux élèves de 10 ans.
