TOUT CE QUI MEURT & AGONISE

Le survivant d’un virus zombie continue de vivre au sein de sa communauté agricole rurale comme si de rien n’était jusqu’à une menace bien plus terrible encore s’annonce. Une relecture originale du mythe des morts-vivants axée sur le deuil.

Une énième histoire de morts-vivants ? Pas vraiment. Douze ans après qu’un virus a décimé la population, Jack Chandler, fermier mystérieusement immunisé, continue de faire vivre la petite communauté de Caverton comme si rien n’avait changé. Les zombies, étrangement paisibles, répètent inlassablement les gestes de leur existence passée et ne représentent aucune menace dès lors qu’ils sont correctement nourris. Une étrange normalité que vient brutalement troubler l’arrivée d’un groupe de chasseurs de zombies décidé à « purifier » le village.
C’est là que réside toute l’originalité de « Tout ce qui meurt & agonise ». Une sorte de « Walking Dead » à l’envers, où les morts, paisibles, suscitent davantage la pitié et l’attachement que la peur, et deviennent les victimes d’humains violents et illuminés. Mais Brombal et Phillips (« Newburn ») ne se contentent pas d’inverser les codes du genre. Ils racontent aussi autre chose : le deuil et l’impossibilité d’accepter la disparition de ceux que l’on aime. Le rythme, longtemps contemplatif, prend le temps de montrer le chagrin de Jack qui en s’enfonçant dans ses habitudes prolonge indéfiniment son déni. Le récit oscille sans cesse — parfois au sein d’une même planche — entre passé et présent, souvenirs chaleureux et réalité macabre, couleurs éclatantes et palette dominée par les gris, le rouge et le noir. Une construction qui matérialise le refus de Jack d’accepter la disparition des êtres qui lui sont chers, et surtout de se résoudre à aller de l’avant, tel.. un mort-vivant.
Gore mais profondément humain et mélancolique, « Tout ce qui meurt & agonise » offre ainsi une variation intelligente sur un genre que l’on croyait à bout de souffle.

Dessinateur: Jacob Phillips – Scénariste: Tate Brombal – Editeur: Urban Comics – Prix: 21,50 euros.

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