TROIS FOIS RIEN
Une adolescente raconte dans son journal intime la dépression de sa mère. Un récit intime et touchant.
«Dans mon cahier, je n’écris que des choses tristes, comme ça elles deviendront peut-être moins tristes.» En démarrant ainsi son journal intime, Nath impose une tonalité, celle d’une écriture qui est à la fois refuge et tentative de mise à distance. Dans ce roman graphique construit comme un carnet écrit au crayon, ponctué de dessins qui prolongent les mots, l’adolescente solitaire y consigne la grisaille de son quotidien : son amitié avec Ariane, son cœur qui balance entre Alex et Nicolas, et surtout la place grandissante d’une mère dont les sautes d’humeur et la dépression chronique finissent par envahir tout l’espace. Face à cette figure parentale instable, l’adolescente vacille. Le père, en retrait, semble ne jamais vraiment saisir la situation, accentuant encore le sentiment d’isolement.
Loin de tout pathos, le texte adopte une écriture à hauteur d’adolescente, simple et directe, pleine d’interrogations, comme si Nath cherchait en écrivant à comprendre ce qui lui arrive. Parce qu’il retranscrit avec sensibilité la confusion, la peur et l’impuissance face à la détresse maternelle, « Trois fois rien » de Catherine Tinivella Aeschimann et Jano touche le plus juste.
Dessinateur: Jano – Scénariste: Catherine Tinivella Aeschimann – Editeur: La Joie de Lire, collection Somnambule – Prix: 24,90 euros.
