LE PETIT MAIRE
Une chronique de six années de mandat municipal dans un village de 420 habitants pour mettre en lumière une fonction exigeante, parfois ingrate mais essentielle.
La France compte exactement 34.955 communes, dont 30.772 sont classées comme rurales. C’est dans l’une d’elles, Saudemont (Hauts-de-France, 420 habitants), que Laurent Turpin officie comme maire depuis 2020. Ici, pas d’administration suffisante pour épauler le maire, pas d’agent technique, pas de responsable de la voirie ni de jardinier. Le maire travaille en première ligne, épaulé d’une secrétaire, d’un cantonnier à temps partiel et de quelques adjoints.
Structuré en six chapitres — de la campagne de 2019 à la question de la reconduction du mandat en passant par la gestion de l’intercommunalité — l’album déroule un quotidien fait de mille tâches invisibles : remplacer une secrétaire, changer un portail d’école, gérer un conflit de voisinage ou une coupure de courant inopinée… Une accumulation de responsabilités qui dessine en creux l’ampleur d’une fonction souvent sous-estimée.
Le récit trouve son équilibre entre pédagogie et chronique de terrain grâce à une galerie de figures bien pensées comme ce personnage récurrent qui incarne le rappel à la loi et vulgarise les contraintes juridiques, ou bien l’inévitable habitant râleur, concentré de toutes les doléances villageoises. Graphiquement, Olivier Berlion – également co-scénariste de cet album – opte pour un trait fin semi-réaliste très lisible et précis dans les décors sur un lavis bichrome gris bleuté, hormis quelques touches de couleur venant ponctuellement souligner les symboles de la République (écharpe tricolore, drapeaux…).
« Le Petit Maire » fait donc le choix de la sobriété d’où émergent toutefois l’ingratitude d’une charge exigeante et permanente et une certaine lassitude. On comprend alors pourquoi tant d’élus locaux finissent par renoncer. Mais l’album capte surtout autre chose : une volonté sincère de faire vivre le lien social et le vivre-ensemble. Un regard que l’on peut d’ailleurs rapprocher de celui porté par « Conseillère municipale », autre plongée récente dans les coulisses de la démocratie locale signée Lux Bombyx et Sib.
A noter qu’en mars 2026, la liste de Laurent Turpin – seule en lice – a remporté les élections au premier tour de scrutin avec 100% des voix. Une unanimité qui prolonge, dans le réel, le portrait d’un engagement discret mais essentiel.
Dessinateur: Olivier Berlion – Scénaristes: Laurent Turpin et Olivier Berlion – Éditeur : Les Arènes BD – Prix: 22 euros.

