L’HOMME QUI A VU L’HOMME QUI FILME L’HOMME QUI TIRE PLUS VITE QUE SON OMBRE

Le carnet de bord dessiné du tournage de la nouvelle série télé adaptée de l’univers de Lucky Luke. Loufoque et absurde.

Dans le cadre des célébrations des 80 ans de Lucky Luke, les éditions Dargaud multiplient les hommages. Entre un album de revisite par Matthieu Bonhomme et une nouvelle aventure officielle de Jul et Achdé, s’ajoute une BD un peu à part, en plus de son titre à rallonge : « L’Homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre », signée Guillaume Bouzard. Objectif officiel: accompagner le tournage de la série « Lucky Luke », diffusée depuis le 23 mars 2026 sur Disney+, et en livrer un making-of. Mais comme prévient d’emblée le producteur Julien Vallespi dans sa préface, il ne fallait pas s’attendre à un carnet de bord classique. Et pour cause : Bouzard ne documente pas, il détourne.
Loin d’un reportage à la manière d’un Mathieu Sapin (« Journal d’un tournage », « Campagne présidentielle », « Le Château », « Gérard »), l’auteur de « Jolly Jumper ne répond plus » choisit de se mettre lui-même en scène en témoin curieux, lourd, maladroit et râleur. Le tournage dans le désert de Tabernas en Andalousie? Un prétexte même si on entrevoit la fabrication d’une scène et le rôle des petites mains, etc. Le western ? Un décor constamment saboté par des gags absurdes. Car, accompagné d’un Rantanplan fidèle à lui-même, Bouzard transforme ce making-of en une mécanique comique passant du plateau de tournage aux réactions interloquées de ses éditeurs face à son travail. Le résultat ? Un presque journal de tournage où la frontière entre autobiographie et fiction se brouille joyeusement et un trait souple et expressif.
Alors ceux qui comptait découvrir un véritable regard en coulisses sur un cow-boy mythique du 9e art et dans un lieu chargé d’histoire cinématographique en seront pour leurs frais. Les autres s’amuseront de l’absurde des situations. Mais tous refermeront l’album avec une question restée sans réponse (et peut-être la seule que Bouzard avait envie d’apporter): mais qui donc arrose tous ces palmiers en plein désert?

Dessin et scénario: Guillaume Bouzard – Editeur: Dargaud – Prix: 17,50 euros.

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