Pierre Dubois: «L’histoire d’un cow-boy solitaire»


Dans « La Vallée des oubliées », Pierre Dubois raconte le parcours initiatique d’un jeune cowboy en quête de vengeance, qui va être recueilli par une communauté de femmes jouant un rôle décisif dans sa survie et sa rédemption.

Après « Sykes » et « Texas Jack », « La Vallée des oubliées » marque votre troisième incursion consécutive dans le western. Qu’est-ce qui vous attire autant dans cet univers?
Pierre Dubois. Le côté « Il était une fois… » du récit. C’est un roman de chevalerie aussi. C’est l’histoire du cavalier errant. J’ai ce goût de raconter l’histoire d’un cow-boy solitaire. J’écris aussi beaucoup de fantastique et retrouve le même thème mais épuré dans le western. C’est comme un conte avec une quête initiatique. C’est ce qui va arriver à ce gamin qui se trouvait du mauvais côté avec le gang Quantrill et qui ne se rendait pas compte des horreurs commises. Clark va apprendre grâce à ses rencontres. Derrière une histoire qui semble simple, il y a toujours toute une mythologie.

Dans « La Vallée des oubliées », vous dépassez les codes classiques du western pour explorer des thèmes moins fréquents, comme la solidarité féminine, l’isolement ou la frontière morale…
P.D. On dit souvent que la femme est peu présente dans le western, mais ce n’est pas vrai : elle peut même être héroïne. Par exemple, dans le magnifique « Convoi de femmes » de William Wellman, ce sont elles qui traversent le désert de façon vraiment héroïque et qui atteignent la Californie malgré des attaques d’Indiens. Ce qui m’émeut dans ce film, c’est que juste avant d’arriver dans la ville, elles veulent se faire belles, redevenir des fées. Elles vont alors utiliser les bâches des chariots pour se faire des robes et pour se rendre fièrement dans la ville. C’est un petit peu ça que j’ai voulu montrer dans cette « Vallée des Oubliées ». Ce n’est pas un fort rempli de militaires, mais un lieu destiné à protéger une communauté de femmes.

La vengeance, en revanche, est un motif plus traditionnel du western. Comment l’avez-vous abordée pour lui donner votre propre tonalité?
P.D. Ce gamin a vu sa famille et sa belle être tués sous ses yeux. Tout s’effondre. Il n’est plus rien. Pour redevenir quelqu’un, il doit détruire le mal, l’extraire de soi et donc effectivement le tuer. Cette vengeance est censée le délivrer mais est-ce que cela va effectivement le faire… Je ne vais pas vous le dire car c’est le thème du prochain album. Il y aura en effet une suite où l’on va s’intéresser à un certain Martineau, un grand propriétaire, que l’on ne voit jamais dans cet album.

Votre héros, Clark, affronte des membres du gang de William Quantrill, figure historique du Far West. Est-ce important pour vous d’ancrer l’histoire dans un contexte réel?
P.D. Non, pas du tout. J’ai pris Quantrill comme ça, parce que c’est bien de mettre un nom et pour montrer ce qu’il représente, mais ça aurait pu être quelqu’un d’autre. Par contre, il y un clin d’œil à plusieurs westerns dont « Winchester 73 » d’Anthony Mann et beaucoup sont passés à côté. C’est le tableau que Clark regarde quand il arrive au saloon. On y voit une fille nue sur un cheval. C’est sa fiancée qui veut aller chercher du secours et qui va sauter au-dessus d’une barrière. C’est aussi cette gamine du fortin qui tombe amoureuse de lui et qui va également sauter au-dessus d’une barrière. Dans le prochain album, il retournera dans ce bar et regardera à nouveau ce tableau. C’est une sorte de symbolique.

Comment s’est passée votre collaboration avec le dessinateur Alain Henriet et la coloriste Usagi ?
P.D. Henriet est très sérieux. On peut lui faire confiance. C’est bien de travailler avec quelqu’un qui ne va pas te trahir. On est aussi complémentaires. Grâce aux couleurs d’Usagi, j’ai retrouvé la luminosité des films de ma jeunesse. Je les ai d’ailleurs félicités pour cette authenticité. Ce n’est pas pollué par le western italien ou par la réalisation des frères Coen. Dans ces films, on perd la fraîcheur, les couleurs et le message. Il y a une scène où le héros demande l’adresse du saloon, sort de son hôtel et monte précipitamment à cheval et part au galop au milieu de la nuit. Tout ce mouvement, c’est du pur cinéma de western. Ça m’a ramené à mes premiers émois de cinéphile devant un film de Richard Brooks, d’Anthony Mann ou de John Sturges. Cette espèce de vide, de suspense, d’atmosphère simple et épurée, juste avant les coups de feu. Je retrouvais cela dans le western des années 50 jusqu’aux années 70-80.

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)

« La Vallée des oubliées » par Pierre Dubois et Henriet. Le Lombard. 24,95 euros.

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