Obion : "George Lucas collait parfaitement au personnage"

Au moment d’écrire cette hilarante histoire de scénario détourné en film porno par un producteur fauché, Obion et Bernstein avaient pensé à Godard ou Kubrick. Georges Lucas s’est finalement imposé pour une relecture toute particulière de "Star Wars". De quoi lancer les productions "Star Fixion" sur le chemin du succès ?

Le porno a souvent parodié les grands succès du cinéma. C’est ce qui vous a donné l’idée de ce Star Wars X ?
Obion. Pas directement, mais ça fait évidemment partie des petites choses qui composent le tableau. Ni Jorge, ni moi ne sommes de grands connaisseurs du porno, ce qu’on raconte est plutôt basé sur un imaginaire collectif que sur une solide culture dans ce domaine.



L’histoire du producteur qui transforme un film en porno rappelle le film "On aura tout vu" de Georges Lautner. Cela a été une influence ?
O. Absolument pas. Nous ne connaissions pas ce film quand nous avons commencé le projet. Un ami m’en a parlé en cours de route et je l’ai découvert à cette occasion. Il fallait absolument le regarder pour vérifier que nous ne faisions pas la même chose, et comme j’adore Jean-Pierre Marielle et Pierre Richard, ça n’a pas du tout été une perte de temps !



Votre idée aurait-elle pu fonctionner avec un autre blockbuster que "Star Wars" ?
O. 
Les premières pistes lancées portaient sur Godard ou Kubrick. Et puis nous avons imaginé un gag qui ne fonctionnait qu’avec "Star Wars" : George entend ce qui se passe sur le tournage du film où se joue une scène de sexe : "Han ! Han ! Han !". Comme il est naïf et pur, il se demande "qu’est-ce qu’il fiche Han Solo, tout le monde l’appelle ?!" Et puis de fil en aiguille, en cherchant de la documentation sur George Lucas, son allure de Grand Duduche collait parfaitement au personnage et c’est devenu une évidence.



Est-ce qu’il est difficile de faire rire sur le porno sans tomber dans la vulgarité ?
O. Nous n’avons pas pris le problème sous cet angle. Nous voulions rire avec des personnages pour lesquels on avait de la tendresse et, mine de rien, du respect. Nous n’avions aucune envie de les badigeonner de vulgarité. Bien sûr avec un tel thème, c’est parfois un travail d’équilibriste, mais le sujet n’était pas tellement la pornographie. On a essayé d’en montrer le moins possible et d’être toujours dans la suggestion. Même si le temps de quelques gags, il était difficile de faire autrement. 



Vous utilisez beaucoup les doubles sens des mots, c’est venu naturellement ?
O. C’est vrai que Jorge et moi avons un certain goût pour les jeux de mots. Comme dirait Adrian Monk, "c’est un don et une malédiction". C’est bien pratique comme ressort de quiproquo, mais nous nous sommes efforcés de ne pas en utiliser plus que de raison.



Malgré ses magouilles, Dany, le producteur, reste toujours sympathique…
O. Au départ, le Dany que nous avions en tête était bien plus cynique que ça. Et puis, le personnage s’est imposé tout seul et nous a presque dicté son histoire. J’ai un faible pour les personnages un peu salauds, mais humains, auxquels on peut s’attacher. Dany fait des coups pendables, mais ce n’est pas parce qu’il est foncièrement méchant. Le plus souvent c’est parce qu’il est trop lâche pour affronter la vérité ou parce qu’il a la tête dans le guidon et n’arrive pas à prendre le recul nécessaire pour trouver des solutions plus raisonnables. 



"Star Fixion" aborde aussi des thèmes plus sérieux comme le féminisme au travers du personnage de la femme de George Lucas. Ce côté très machiste de "Star Wars" vous dérange un peu ?
O. 
Disons qu’entre "Star Wars" et le monde du film X, on a un sacré cocktail de machisme, et je trouvais intéressant de le contrebalancer avec des personnages féministes. J’ai grandi dans un monde où les héros machistes étaient la norme. Personne ne remettait ça en question dans mon entourage. Le personnage de Marcia, c’est en quelque sorte mon regard d’adulte un peu plus éclairé sur le sujet. Mais, je ne l’ai pas forcément épargnée pour autant. Parfois elle en fait trop, elle aussi, et chaque parti en prend un peu pour son grade.



Est-ce qu’un éditeur vous a déjà demandé de totalement transformer votre scénario ?
O. Non. Mais, un éditeur a déjà transformé par accident l’un de mes albums sans oser me l’avouer. Il m’a d’ailleurs beaucoup inspiré pour le personnage de Dany.



Est-ce que les productions "Star Fixion" pourraient s’attaquer à d’autres films ?
O. Je ne le souhaite à aucun réalisateur, mais à un moment donné, il faudra bien que Dany règle ses dettes, et pour le moment il n’a pas trouvé de plan B…

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)

"Star Fixion" par Obion et Bernstein. Fluide Glacial. 12,90 euros.