UNE FEMME DANS LA COURSE
Depuis son enfance, Christine court. Mais dans les années 70, les compétitions sont interdites aux femmes, a fortiori le marathon. Une fiction basée sur des figures réelles pour dénoncer le patriarcat.
Eté 1959, dans la Creuse, la petite Christine perd sa mère. Le jour de l’enterrement, elle se met à courir, courir, courir jusqu’à avoir l’impression d’être vidée de la montagne d’émotions et de douleur qui la submerge. Elle n’arrêtera plus de courir et qu’importe les règles édictées par les hommes qui soutiennent que les femmes n’en sont pas capables. En 1974, elle décide de participer au troisième marathon de France au milieu des hommes.
L’histoire de Christine est une fiction mais elle est fortement inspirée de pionnières de la course à pied alors que les épreuves féminines plafonnaient à 1.500 mètres. Chacun a ainsi en tête la participation en catimini de Bobbi Gibb au marathon de Boston en 1966 ou celle beaucoup plus médiatique de la New-Yorkaise Kathrine Switzer en 1967. L’organisateur avait alors tenté en vain d’arrêter la coureuse et de lui arracher son dossard, un moment capté par les photographes. Il faudra attendre 1984 pour qu’ait lieu le premier marathon féminin lors des Jeux olympiques de 1984 à Los Angeles remporté par Joan Benoit en 2h 24 min et 52 s. La Suissesse Gaby Andersen-Schiess, victime de déshydratation sévère, le terminera en titubant mais achèvera de prouver les capacités physiques des femmes.
L’inscription refusée, la tentative pour arrêter sa course, la douleur surpassée… La Christine de Gwenola Morizur vit donc tout cela. Mais pas seulement. Dans un plaidoyer féministe tout autant qu’un message de détermination, la scénariste de « Se jeter à l’eau » met en avant une jeune femme qui lutte depuis son enfance pour se libérer des chaînes patriarcales, au delà du sport, dans les études ou la sexualité. Construit sur une alternance de moments présents et passés, le récit est simple mais fluide, les planches semi-réalistes de Marie Duvoisin (« Jukebox Motel ») aux couleurs douces sont agréables.
Un dossier historique en fin d’album sur l’histoire des femmes dans la course à pied permet de revenir sur le parcours de celles précédemment citées.
Dessinatrice: Marie Duvoisin – Scénariste: Gwenola Morizur – Editeur: Le Lombard – Prix: 19,95 euros.

