TUNNELS
Course-poursuite absurde, tension maximale et virage émotionnel inattendu: une famille ordinaire se retrouve en plein cauchemar routier. Aussi haletant que déroutant.
Après «Lastman» ou «Banana Sioule», Michaël Sanlaville signe avec «Tunnels» un retour aussi nerveux que déroutant (au sens propre comme au figuré!). À bord d’un break Volvo, une famille file vers ses vacances. Très vite, le décor se resserre : tunnels à répétition, GPS muet, réseau absent. La route longe un lac turquoise cerné de falaises abruptes et… tout bascule. Des bolides noirs surgissent, hurlants, menaçants. Des silhouettes casquées profèrent des paroles insensées. L’évidence s’impose peu à peu : Mila, Samantha, Jolène et leurs parents sont piégés dans une course-poursuite infernale dont ils ne maîtrisent ni les règles ni l’issue.
Sanlaville orchestre un huis-clos mécanique d’une redoutable efficacité, quelque part entre «Mad Max» (sans désert ni poussière) et «Duel» de Spielberg, avec une touche absurde évoquant un «Mario Kart» sous acide – notamment via ces drôles de “bonus” sucrés distribués aux poursuivants. Ici, pas d’explications, pas de cadre rassurant : juste la peur qui monte, la vitesse, et cette sensation oppressante d’être traqué sans raison.
La grande force de «Tunnels» réside dans sa narration. Le trait fin de Sanlaville est extrêmement lisible, tendu vers le mouvement, et chaque planche semble lancée à pleine vitesse. La gestion du son est particulièrement frappante : pneus qui crissent, moteurs rugissants, tôles froissées, chocs violents… on “entend” littéralement la BD à la colorisation lumineuse qui apporte un peu de légèreté.
Mais là où l’album surprend le plus, c’est dans sa dernière partie qui prend un virage qu’on n’attendait pas. Le rythme ralentit, le récit bifurque et il est alors question de liens familiaux, de perte et de deuil jusqu’à une dédicace finale marquante. «Tunnels» ne donnera pas toutes les clés et les lecteurs attachés aux explications rationnelles resteront sur leur faim mais l’album qui se lit d’une traite offre à coup sûr une expérience de lecture originale et intense.
Dessin et scénario: Michaël Sanlaville – Editeur: Glénat – Prix: 24 euros.