SOEURS DES VAGUES
Les femmes d’un petit port de pêche canadien recueillent un naufragé amnésique recherché par la pègre. Un thriller maritime prenant et habile.
En 1914, un mystérieux naufragé couvert de tatouages de marin et se disant amnésique s’échoue sur le rivage à Peggy’s Cove, au Canada. Une petite fille s’énerve contre la lampe du phare qui refuse encore une fois de s’allumer pendant que son père, trop obèse pour pouvoir monter, la laisse faire. Bientôt, ce sont deux « négociants » armés qui arrivent d’Halifax dans leur automobile pour enquêter sur un navire disparu… Coïncidences? Face au danger qui semble poindre, Ekilda, sa fille Velma, La Jacques, Bessie et Elbe liées par un secret vont en tout cas tout risquer pour protéger la communauté.
L’ambiance est pesante dans ce petit port côtier austère de Nouvelle-Écosse où les hommes (ceux que la mer n’a pas déjà pris) sont partis pour une énième campagne de pêche qui met trop de temps à se terminer et où, hormis quelques vieillards et enfants, il ne reste plus que des femmes (« ici même le postier est une postière ») pour gérer le quotidien, la peur au ventre omniprésente: celle de ne pas voir les navires rentrer, celle aussi de ne plus pouvoir nourrir leurs enfants.
Mêlant habilement sur 112 pages le thriller maritime et la chronique sociale, Tristan Roulot (« La Forêt du temps », « Hedge Fund », « Le Convoyeur ») signe un récit âpre et violent et dresse le portrait de quelques fortes têtes: la mère matrone qui ambitionne de monter une conserverie de homards pour garder les hommes à terre, sa fille qui projette de monter un salon de coiffure, l’institutrice « étrangère » enceinte, la jeune métisse révoltée qui rêve de partir… La force des protagonistes de « Sœurs des Vagues » passe aussi par le travail du dessinateur franco-canadien Mikaël (« Giant », « Bootlack », « Harlem »). Ses planches immersives au trait semi-réaliste et détaillé plongent le lecteur dans l’ambiance de Peggy’s Cove où il s’est réellement rendu avec Tristan Roulot: des paysages rudes, une mer hostile, un horizon bouché, des visages battus par le vent humide et burinés par le sel et des couleurs froides assez ternes qui enveloppent l’ensemble d’un voile de morosité que l’on espère voir déchiré finalement.
Dessinateur: Mikaël – Scénariste: Tristan Roulot – Editeur: Le Lombard, collection Signé – Prix: 21,95 euros.