PROCREATOR

Après une épidémie qui a fait chuter la testostérone des hommes, la France doit combattre la baisse de la natalité… Une satire inventive particulièrement grinçante.

Et si le « réarmement démographique » devenait le point de départ d’une gigantesque farce satirique ? C’est l’idée de « Procréator », le nouvel album de Luz. Inspiré par les déclarations d’Emmanuel Macron sur la natalité il y a plusieurs mois, l’auteur imagine une France à peine remise d’une épidémie ayant fait chuter la testostérone des hommes. Résultat : la natalité s’effondre et le ministère de la Fertilité mobilise tous les moyens pour relancer la reproduction. Il va pouvoir compter sur le soutien de l’élite économique et médiatique, incarnée par Yvon Rebolo, patron de télévision prêt à transformer la procréation en spectacle.
Au cœur de ce grand cirque, on retrouve la famille Boulard, déjà croisée dans « Testosterror » du même Luz. Le père Jean-Pat tente de faire le deuil de son chien à l’aide d’un drone, la mère Vaness croule sous une charge mentale toujours plus écrasante, le fils Jean-Ju noie son mal-être adolescent dans des kilomètres d’essuie-tout, tandis que la fille Jeanne s’invente un monde parallèle à travers son journal intime et d’improbables séances de nunchak’chaussettes pour ne pas sombrer dans la folie ambiante.
Sur près de 300 pages denses, Luz déploie une satire où ni les chaînes d’information en continu, ni la télé-poubelle, les masculinistes, les injonctions à la virilité ou la charge mentale des femmes n’échappent à son regard acéré. Derrière la folie permanente, le récit parle finalement de sujets très actuels et concrets, en poussant simplement leur logique jusqu’à l’absurde.
L’humour flirte souvent avec les blagues sous la ceinture mais ce côté potache assumé participe à l’univers déjanté imaginé par Luz. Les caricatures nombreuses rappellent aussi que Luz reste avant tout un dessinateur de presse, capable de saisir les travers de notre société avec quelques traits bien sentis.

Dessin et scénario : Luz – Editeur : Albin Michel – Prix : 29,90 euros.

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