NAÏS
Un bossu qui aime en secret sa jolie amie d’enfance qui, elle, est éprise d’un fils de bonne famille. Au milieu le père de la jeune fille, violent et jaloux. Adaptation plaisante d’un film que Pagnol a lui-même adapté d’un roman de Zola.
Tiré d’une nouvelle méconnue d’Émile Zola et déjà adapté au cinéma en 1945, « Naïs » rejoint la déjà conséquente collection des adaptations en bande dessinée de Marcel Pagnol, orchestrée par son petit-fils Nicolas Pagnol.
L’action débute à l’Estaque, dans une tuilerie de la banlieue marseillaise. Toine, un ouvrier bossu, nourrit en secret un amour sincère pour sa collègue Naïs. Mais la jeune femme vit une idylle estivale avec Frédéric, le fils du propriétaire de la ferme où son père, Micoulin, est métayer. Cette liaison fait éclater la colère de ce dernier, paysan autoritaire et possessif, dont la jalousie maladive va peu à peu se transformer en une haine meurtrière. Toine devra alors faire un choix cornélien : sauver son rival ou perdre celle qu’il aime éperdument.
Sous ses allures de romance provençale, « Naïs » déploie une mécanique dramatique bien huilée. Le classique triangle amoureux bascule progressivement dans la tragédie sous l’impulsion d’un quatrième personnage, Micoulin. David Ratte prête à cette galerie de personnages des visages expressifs. Si le père concentre la noirceur, les autres protagonistes sont moins caricaturaux avec chacun leurs propres failles et scrupules. Les dialogues se révèlent peut-être un peu moins savoureux et chantants que dans les œuvres les plus emblématiques de Pagnol mais cette adaptation n’en demeure pas moins respectueuse de son esprit, portée par une narration fluide et un dessin chaleureux qui donnent corps à la Provence de l’époque.
Une BD plaisante, fidèle à l’humanisme de Pagnol, qui rappelle que la générosité et la noblesse de cœur ne dépendent pas de la condition sociale.
Dessinateur: David Ratte – Scénariste: Éric Stoffel – Editeur: Bamboo/Grand Angle – Prix: 16,90 euros.

