MORT BLANCHE

Un sniper redoutable sème la mort dans les rangs soviétiques durant la Guerre d’Hiver entre l’URSS et la Finlande. Entre récit de guerre et plongée psychologique, un album inspiré de personnages réels auquel il manque un petit supplément d’âme.

En novembre 1939, l’invasion soviétique plonge la Finlande dans l’enfer de la Guerre d’Hiver. C’est dans ce contexte glacial que Riku, jeune homme marqué par la violence paternelle, part combattre aux côtés de ses frères. Très vite, il se retrouve seul. Mais là où d’autres s’effondreraient, lui devient un tireur d’élite redoutable, solitaire, silencieux, dissimulé dans la neige qu’il mâche pour ne pas trahir sa position. Il devient une légende: «Mort Blanche».
Avec cet album, Kid Toussaint puise dans des personnages bien réels. A commencer par le sniper finlandais Simo Häyhä, récemment remis en lumière par Olivier Norek dans « Les Guerriers de l’hiver ». Plus surprenant, l’ombre de Hiroo Onoda plane également sur le récit: ce soldat japonais retranché dans la forêt des Philippines qui, refusant de croire à la capitulation du Japon en 1945, aura tué plus d’une trentaine de personnes entre 1944 et 1974.
Mais « Mort Blanche » n’est pas une reconstitution historique. Le récit est plus universel: celui d’un homme happé par sa mission jusqu’à perdre tout lien avec la réalité. De soldat appliqué, Riku perd peu à peu son humanité et devient simplement une mécanique, une arme. Les planches au trait semi-réaliste solide d’Iñaki Holgado égrènent d’ailleurs froidement les morts comme on afficherait des scores sportifs: 2, 6, 11, 27, 88, 200, 385, etc… L’idée est intéressante mais laisse un goût d’inachevé. Car si le basculement de Riku est bien amorcé, la dimension psychologique, pourtant centrale pour comprendre cette lente dérive vers la folie, aurait gagné à être explorée avec plus de profondeur.

Dessinateur: Iñaki Holgado – Scénariste: Kid Toussaint – Éditeur: Grand Angle – Prix: 15,90 euros.

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