LES CRIEURS DU CRIME
Une fillette est tuée à Paris en 1907 suscitant une vive émotion populaire en pleins débats sur l’abolition de la peine de mort. Un album intéressant sur le traitement médiatique de l’affaire.
Tout part d’un fait divers authentique célèbre. Celui du viol et du meurtre d’une fillette de 11 ans en 1907 à Paris par Albert Soleilland, un voisin de la famille. Une affaire qui donna lieu à un véritable feuilleton journalistique car intervenant en plein débat sur l’abolition de la peine de mort.
En se penchant sur cet épisode judiciaire à travers Valentin, un jeune reporter qui rêve d’être une grande plume, Sylvain Venayre et Hugues Micol racontent donc bien plus que l’enquête elle-même, finalement vite bouclée. Plus également que le simple débat sur la peine capitale. Car nous sommes en plein âge d’or de la presse française. Les ventes ne se font plus vraiment sur abonnement, il faut donc capter chaque jour l’attention du lecteur, que les crieurs du rue déclenchent la curiosité du passant. L’attrait croissant pour les affaires criminelles, l’émergence du sensationnalisme, la compétition féroce entre les grands journaux populaires, la position sociale des petits reporters, les auteurs montrent donc tout ceci, de même que la manière dont les médias de l’époque ont alimenté et intensifié le climat d’insécurité au sein de la société française au début du XXe siècle alors même que les faits divers criminels n’étaient pas plus nombreux. Un thème sur lequel d’ailleurs les politiques d’aujourd’hui continuent de surfer.
Cette fausse BD policière mais vraie BD documentaire est intéressante même si en devant poser évidemment ce contexte au lecteur d’aujourd’hui, en racontant un peu l’histoire du journalisme et les transformations techniques et sociales de la presse écrite, l’historien et directeur de la collection « Histoire dessinée de la France » Sylvain Venayre alourdit quelque peu les dialogues. Une longue liste de notes bibliographiques en fin d’album permet en outre d’aller plus loin dans la compréhension de l’époque.
L’ambiance de l’époque est en tout cas bien retranscrite grâce aux planches à la gouache aux trait enlevé et aux couleurs fortes d’Hugues Micol (« Les contes du 7e souffle », « Terre de feu »…) et ses doubles pages muettes en particulier pour lesquelles il s’est inspiré des illustrations colorées de l’époque.
Dessinateur: Hugues Micol – Scénariste: Sylvain Venayre – Editeur: Delcourt, collection La Découverte – Prix: 22,95 euros.