LES AVENTURES DE FRANÇOIS RUFFIN – Picardie Splendor
Le député de la Somme illustre le quotidien des « travailleurs essentiels » et « invisibles ». Un album généreux dans ses intentions qui illustre la difficulté de distinguer le témoignage social de l’exercice d’autopromotion.
Fondateur du journal Fakir, essayiste, réalisateur de films engagés et désormais scénariste de bande dessinée. Avec « Les aventures de François Ruffin », le député de la Somme coscénarise avec Laurent Galandon un ouvrage collectif qui entend raconter le quotidien des Français modestes et donner un visage à ceux qu’il appelle les « invisibles » : caristes, auxiliaires de vie, camionneurs, employés précaires ou jeunes diplômés sans avenir professionnel. À travers une vingtaine de récits, l’album nous entraîne ainsi dans les trains, les banlieues ou les cuisines. Partout, les mêmes difficultés affleurent : services publics défaillants, exploitation au travail, discriminations…
L’intention est claire – opposer un récit de solidarité et de rassemblement au discours de division porté par l’extrême droite, particulièrement présente en Picardie – et louable. Comme il l’explique lui-même: «Avec ces bouts de récit, ces morceaux de vie, j’essaie de comprendre ma France. Mes Frances, plutôt, fracturées, et qu’il faut réparer.» Malheureusement, il y a de telles maladresses que dès sa sortie la BD a déclenché des polémiques jusqu’au sein de La France Insoumise, son ancien parti, tant sur la véracité de certaines scènes que sur le côté égocentrique de la mise en scène et le ton paternaliste employé. Car tour à tour témoin, médiateur, enquêteur ou redresseur de torts, le « député-reporter » occupe le centre du récit au détriment de celles et ceux qu’il entend mettre en lumière. Interrogé sur France Info, le candidat à la présidentielle de 2027 a reconnu que des « fautes » peuvent être commises lorsqu’on s’expose en public « quasiment tous les jours », et a dit regretter « 1 case sur 545 » dans la BD.
La partie graphique confiée à 11 dessinateurs (Olivier Berlion, Benoît Blary, Damien Cuvillier, A. Dan, Anaïs Depommier, Jul, Malo Kerfriden, Olivier Martin, Dominique Mermoux, Jean-Denis Pendanx, Amandine Puntous) ne parvient guère à compenser ces faiblesses avec des styles différents mais globalement peu réussis où on reconnait parfois difficilement le député.
Dessin: collectif – Scénario: François Ruffin et Laurent Galandon – Editeur: Les Arènes BD – Prix: 22 euros.