LES AMES D’HELIOS – Tome 1. Le ciboire oublié

Un graphisme réussi pour cette nouvelle série de SF qui rappelle le « Big Brother » de George Orwell.

Hélios est un gigantesque vaisseau spatial planté sur Eridan, une planète inhospitalière où les rares personnes à s’y être aventuré sont mortes de fièvres ou ont disparu. Tous vivent donc en vase clos, la société au sein d’Hélios étant régie par des religieux intégristes et un système de castes. La jeune Ylang et sa mère Mira, prostituée, appartiennent à la plus basse caste. Pour lui éviter la misère due à son rang, Mira est prête à tous les sacrifices pour que sa fille fasse partie des Dragons, une sorte de force de police experte en maniement des armes blanches. Mais Ylang est sans cesse humiliée par son professeur, le Maître des lames, qui la juge trop sensible et ne croit pas en elle.

Le vaisseau porte le nom d’Hélios, le dieu grec du Soleil, mais il n’y a pas le moindre rayon de soleil qui entre dans cette immense structure métallique. Roberto Ricci et Saimbert nous font pénétrer dans un véritable univers carcéral où les chambres ressemblent à des cellules et où les habitants sont constamment surveillés. Ces derniers doivent accepter de se soumettre totalement et de subir les rites d’initiation barbares et les interdits (transmission de MST et pratiques contre nature sont punies de morts). On pense au roman de George Orwell « 1984 » dans lequel la dictature règne en maîtresse de fer avec « Big Brother » qui contrôle les moindres gestes de l’humanité. On pense aussi au « Meilleur des mondes » d’Aldous Huxley sur certains termes abordés dans l’album, comme le système de castes et le déterminisme social. On pense enfin à « Dune » de Frank Herbert lorsque des espèces d’énormes vers – des ferro-sangsues – tentent de pénétrer dans le vaisseau. Autant de références qui montrent l’atmosphère oppressante du monde créé par Saimbert.

Graphiquement, l’univers d’Hélios est très réussi. Ricci s’est documenté sur l’architecture gothique et cela se sent: l’intérieur d’Hélios a parfois des allures de cathédrale métallique et regorge de porches et de gargouilles. Le dessin, à l’aquarelle et encre de chine, est nerveux et riche en reliefs.

Le premier tome de la série, « Le ciboire oublié », campe donc surtout le décor et les personnages principaux. Mais l’on pressent déjà que la jeune Ylang a un destin particulier et qu’elle va vouloir toucher du doigt l’inaccessible: la liberté.

Delcourt

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